Le libre choix d’une présence à l’accouchement

par Cynthia Durand, mère, auteure et militante

 Ce texte a été initialement publié en mai 2016 sur le blogue de Cynthia Durand : http://www.cynthiadurand.ca

Mon corps, ma sexualité

Dans l’intimité, je choisis de faire mon enfant. Dans l’intimité, je choisis de donner naissance. La littérature scientifique nous apprend que l’accouchement est un acte sexuel (Odent, 1990; Buckley 1990) et je suis tout à fait d’accord

Mon fils est né chez moi. C’est mon choix, très personnel et réfléchi. Faute de sage-femme ou de médecin correspondant à mes croyances, j’ai opté pour la simple présence de mon conjoint.

 

Personne ne touche à la sexualité des hommes

Personne ne touche à la sexualité des hommes. Ne touchez pas à la mienne. « Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe… » (article 10 de la Charte). 

Si cela correspond à mes croyances, d’avoir une personne (doula, amie, cousine…) présente à mon accouchement (ou à tout autre moment dans ma sexualité), alors, cela m’appartient. Selon la Charte, ma liberté de conscience et d’opinion (article 3), ma dignité (article 4) et ma sexualité (égalité en matière de santé, article 86) sont des droits fondamentaux. 

 

Alors, est-ce que la présence d’un.e doula à mon accouchement est illégal?

Il existe une loi paternaliste et désuète qui suggère que l’accouchement est « réservé »…

Réservé à qui?

Réservé à moi, la personne qui enfante, j’espère!

Eh bien, non! Le Collège des médecins et l’Ordre des sages-femmes sont les seuls autorisés à « pratiquer un accouchement spontané ».

L’article 6 de la Loi sage-femme n’autorise pas les personnes qui enfantent à choisir un.e ami.e, un.e cousin.e, un.e doula ou un.e conjoint.e pour prendre soin d’elles; seul.le.s les professionnel.le.s peuvent « surveiller et évaluer la grossesse, le travail, l’accouchement » et « pratiquer un accouchement spontané ».

Mon accouchement. Mon corps. Mon bébé. Mon vagin. Ma sexualité. Mon intimité. Ma dignité.

 

Un accommodement raisonnable

Selon la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, « l’accommodement raisonnable est un moyen utilisé pour faire cesser une situation de discrimination fondée sur le handicap, la religion, l’âge ou tout autre motif interdit par la Charte. L’accommodement raisonnable est une obligation.  » 

Il est discriminatoire que je ne puisse jouir de ma sexualité selon mes croyances et il est discriminatoire que je doive me soumettre à un accouchement supervisé par un.e spécialiste si cela enfreint ma dignité. Puisque la Commission des droits de la personne et de la jeunesse stipule que mes droits prévalent sur les lois et un accommodement raisonnable est une OBLIGATION, il est donc fondamental que toute personne ayant des valeurs et croyances autres que d’accoucher avec une sage-femme ou un médecin puisse obtenir un accommodement raisonnable. 

 

Mon accouchement, ma sexualité

Chaque personne doit pouvoir choisir pour elle-même en matière de sexualité. Les femmes se sont battues pour le droit à la contraception et l’avortement et ont obtenues gain de cause en grande partie. Qu’attendons-nous pour rendre l’accouchement aux personnes qui accouchent ?

Selon les études présentées par le Conseil du statut de la femme, lorsqu’il n’y a pas le libre choix de la personne enceinte en matière d’avortement (avortement illégal), celle-ci est en danger. Il en va de même pour l’accouchement. Lorsque la personne enceinte n’a pas le libre choix en matière d’accouchement, son vagin et sa dignité sont en danger.

En attendant qu’accoucher redevienne un acte légalement réservé à la personne qui accouche, un accommodement raisonnable doit me permettre d’accoucher selon mes croyances, avec la personne de mon choix. 


Jamais une personne (doula, ami.e, cousin.e…) ne devrait être coupable d’être présente à un accouchement autonome.

 


 

Références :

BUCKLEY Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Arts Publisher, 352 pages.

Collège des médecins, Québec, cmq.org , consulté le 20 mai 2018.

Conseil du statut de la femme, Québec, csf.gouv.qc.ca, consulté 20 mai 2018.

Charte des droits et liberté de la personne C-12, Commision des droits de la personne et de la jeunesse, Québec, legisquebec.gouv.qc.ca C-12, consulté le 20 mai 2018. Loi sur les sages-femmes, Québec, legisquebec.gouv.qc.ca S-0.1, consulté le 20 mai 2018.

ODENT Michel. 1990. Water and sexuality, Penguin Books, 160 pages.

Ordre des sages-femmes du Québec, osfq.org, consulté le 20 mai 2018.

 

Publicités

Négociations périnatales

par Camille Maheu, accompagnante à la naissance

Je parle souvent de ma mère dans mon travail. Parce que c’est elle qui m’a ouvert la porte vers la périnatalité, parce qu’elle est forte et indépendante aussi. Parce que ma mère est la plus grande féministe que je connaisse, sans se proclamer féministe pour autant.

Elle m’a légué la responsabilité. Sans jamais m’avoir fait de speech, de grand monologue sur le sujet, elle m’a guidée par l’exemple. Elle est la seule responsable de son corps et de ce qui lui arrive. Elle comprend comment assumer les décisions sur sa santé et celle de sa famille. En portant une confiance dans le corps humain et en sa capacité à faire les bonnes choses, elle m’a donné l’exemple de ses propres accouchements, pour m’expliquer la force et la capacité du corps.

Accepter sa responsabilité, c’est comprendre celle de l’autre. En acceptant que personne ne peut me dire comment traiter mon propre corps ou prendre des décisions à ma place, l’inverse se doit d’être automatique. Les personnes qui accouchent ne doivent pas se plier aux demandes du système hospitalier car il n’est pas dans son droit d’imposer une façon de faire. L’équipe médicale peut offrir des conseils et de l’expertise, certes, mais la seule personne responsable, de la santé de l’enfant et de sa mère, reste la mère.

En déresponsabilisant les femmes et les personnes qui accouchent, nous leur inculquons qu’elles ne comprennent pas leur corps, qu’elles n’auraient pas su le faire sans supervision. De génération en génération, nous creusons un peu plus le fossé qui sépare l’instinct, la confiance, de la prise en charge médicalisée.

Demain, j’accompagne une cliente à son rendez-vous hebdomadaire chez son médecin pour l’aider à se négocier plus de temps avant d’avoir une césarienne programmée. Les cours prénataux du CLSC ne préparent pas à ce genre de discussion, surtout avec un.e médecin. La négociation fait maintenant partie des choses à faire pendant sa grossesse et son accouchement, à quand les cours de négociations périnatales?

Vouloir plus de temps avant de recevoir des médicaments, avant de crever les eaux, avant la césarienne, avant le déclenchement… En échange de Non-Stress-Test, de tracés, de monitoring, d’examens internes, de calculs et de statistiques. Les personnes qui accouchent essaient de repousser les ultimatums et il me semble que le corps médical continue de demander à ce que les corps fonctionnent comme des machines identiques, dans une chaine de production.

Lors de l’accouchement, il s’agit d’autant plus d’une négociation biaisée. La majorité du temps, elle s’opère avec une personne en contractions, qui n’est pas en mesure d’argumenter, d’être rationnelle ou même d’avoir les mêmes opinions que quelques heures plus tôt. Il est naïf de penser qu’un plan de naissance saura éviter plusieurs propositions de la péridurale, parfois, dès l’arrivée à l’hôpital.

Combien de fois j’ai entendu un.e médecin dire : je vais te laisser une heure de plus, mais si ça ne bouge pas, on va en césarienne.

BONJOUR LA PRESSION!

Les hormones ne travaillent pas efficacement sous la pression, sous la date limite. Elles ont besoin d’espace, de confiance et de paix pour faire leur travail.

La négociation prend tout un autre sens quand on le met dans un contexte financier lors de l’accouchement. Je fais du bénévolat avec Médecins du Monde, auprès des personnes enceintes qui n’ont pas accès à la RAMQ ou une assurance privée. Là, on démasque la grande arnaque derrière notre système de santé.

Une personne ne devrait pas avoir à négocier le prix de sa péridurale. Elle ne devrait pas avoir à signer une entente de paiement sur un bout de papier et les conjoint.e.s ne devraient pas avoir à donner leur monnaie pour qu’un.e anesthésiste accepte de faire une péridurale. Pourtant, j’en suis témoin.

Une chef anesthésiste en furie m’a déjà demandé qui était responsable pour cette femme enceinte.

Qui est responsable pour elle?

Mais ELLE!

Comment quelqu’un d’autre peut-il être responsable de son corps, ses besoins et son accouchement, qu’elle-même!?

L’anesthésiste voulait être payée après que son résident ait donné la péridurale gratuitement, devant six témoins. Les phrases se sont alors mises à couler de sa bouche en s’accrochant à son reste de rouge-à-lèvres en miette :

« Si elle n’est pas contente, on peut lui enlever, son épidurale. [sic]»

« Elle ne pourra pas partir d’ici avec son bébé si elle ne paye pas. »

« Il n’y a jamais rien de gratuit ici, jamais. »

« Si elle est battue, elle a juste à le dire, on va comprendre! »

Les yeux de ma cliente étaient exorbités et son travail s’est mis à ralentir. De la négociation de temps, à la négociation de paiement, nous sommes arrivés à la négociation devant la césarienne.

Il est radicalement important que les femmes et les personnes enceintes retrouvent cette autonomie, que la population en général, de la personne qui accouche aux conjoint.e.s, se libèrent du syndrome de la blouse blanche. Nous pouvons prendre le contrôle de notre accouchement, surtout quand on se rappelle qu’accoucher est un acte sexuel. Avec le mouvement #moiaussi, les femmes ont repris le contrôle de leur sexualité, elles dénonçent de plus en plus les agresseur.e.s, elles apprennent à dire non. Apprenons à le faire en milieu hospitalier aussi.

Je ne veux pas négocier sur la santé des femmes. Je ne veux pas mettre de l’eau dans mon vin pour accommoder un système plein de craques dans lesquelles des mères glissent.

Nous devons penser à ce que nous léguons à nos filles et nos fils, ceux qui auront à négocier plus tard. Assurons-nous de leur léguer ce que ma mère a su me donner, de la conviction et de la responsabilité.

« Suivi périnatal pour homme trans, pourquoi pas avec une sage-femme ? » : échos d’un gars trans sociologue et parent d’un bambin né avec une sage-femme

par Aimé Cloutier, avril 2018

 

Cette lettre constitue une réponse à l’article « Suivi périnatal pour homme trans, pourquoi pas avec une sage-femme ? » publié ce printemps dans le numéro sur l’inclusion du journal Les PasSages et signé par Eugénie Champagne-G. Je désire reconnaître d’emblée que réfléchir aux rapports sociaux, à l’oppression, à l’inclusion et à l’exclusion est un exercice exigeant. Je sais qu’il faut, pour s’y engager, sortir de sa zone de confort et se rendre vulnérable. Je souhaite donc remercier le comité inclusion de l’AÉSFQ qui a produit le numéro du journal Les PasSages sur l’inclusion et plus particulièrement Eugénie Champagne-G. d’avoir ouvert la discussion. Un merci tout spécial aussi au Regroupement Naisssance-Renaissance d’accueillir la suite de l’échange.

 

Je n’ai jamais douté de l’intention bienveillante qui a motivé l’écriture et la publication de l’article « Suivi périnatal pour homme trans, pourquoi pas avec une sage-femme ? ». Au-delà des intentions, toutefois, l’article n’est porté ni par des préoccupations trans, ni par une collaboration étroite avec les communautés concernées. On y réduit à peu de choses les adaptations nécessaires pour inclure le mieux possible les personnes trans dans le monde de la périnatalité, on échoue à considérer des expériences trans de l’intérieur et certains éléments d’information offerts doivent être nuancés. Je prends donc un moment pour formuler cette réponse, qui, j’espère, nous permettra de rester en dialogue et de rendre ensemble ce monde un peu meilleur… et plus juste ! J’y mets de mon expérience personnelle, de mon expérience militante, de mes échanges avec d’autres personnes trans et des références à des recherches ou à d’autres écrits intéressants. En écrivant une telle réponse, je m’ouvre et me rends moi aussi vulnérable. Je choisis donc de nous faire confiance dans ce processus.

 

Il est vrai que la loi modifiant l’article 71 du Code civil du Québec en supprimant le pré-requis de modification structurelle des organes génitaux pour changer sa mention de sexe à l’État civil est entrée en vigueur en octobre 2015. J’étais de celleux qui attendaient avec impatience — et anxiété, parfois — sa mise en application. La loi, en effet, avait été adoptée en décembre 2013. En ce qui me concerne, j’aurais été prêt à changer ma mention de sexe à l’automne 2014. L’année que j’ai passée avec des papiers d’identité qui ne me ressemblaient plus a été particulièrement stressante. Chaque fois que je devais présenter mes papiers à quelqu’un, où que ce soit, c’était au mieux désagréable et, au pire, ça donnait lieu à des échanges méprisants. Je me suis estimé chanceux de n’avoir pas eu besoin de traverser de frontières ou de présenter mes papiers à la police pendant cette période. Des personnes trans ont déjà été soupçonnées de terrorisme et détenues temporairement précisément en tentant de traverser des frontières avec des documents d’identité qui ne matchaient pas entre eux, ce qui peut arriver si on a pu mettre à jour une pièce d’identité, mais pas une autre, ou si on n’a pas pu faire changer toutes ses informations (prénom, marqueur de sexe) suite à une transition (Seuffert, 2009). C’est désormais derrière moi[1] et derrière nombre d’autres personnes trans, mais pas de celles qui n’ont pas la citoyenneté canadienne et qui vivent au Québec. Elles demeurent en effet dans l’impossibilité de faire changer leur mention de sexe à l’État civil au Québec puisque le critère de citoyenneté est toujours inscrit dans le Code civil. L’injustice persiste donc, avec toute ses conséquences : tout ce qui nécessite de présenter des papiers ou de faire des transactions devient considérablement plus compliqué, notamment étudier, travailler, obtenir un logement, obtenir des soins de santé, voyager, assumer des responsabilités parentales, etc. Côté papiers, je crois également utile de préciser qu’il n’est toujours pas possible, au Québec, de changer un titre parental (père ou mère) sur le certificat de naissance d’un enfant une fois que celui-ci est émis. Cela signifie que les personnes trans ayant fait leur transition après la naissance d’un enfant ou n’ayant pu obtenir leur changement de mention de sexe qu’après sa naissance demeurent inscrites avec un titre parental qui ne correspond pas à leur réalité familiale sur le certificat de naissance de l’enfant… À vie de celui/celle-ci !

 

L’augmentation drastique du nombre de demandes de changement de mention de sexe au Directeur de l’État civil du Québec peut donner l’impression que les personnes trans sont de plus en plus nombreuses. Il est toutefois très plausible que bien des personnes trans attendaient le changement de législation pour faire changer leurs papiers. Il est aussi possible que la visibilité croissante des personnes trans dans la société permette à d’autres personnes trans de mettre des mots sur leur vécu et de se lancer elles-mêmes dans leur transition. Il est donc peu plausible qu’il y ait vraiment plus de personnes trans qu’avant… Peut-être seulement plus de personnes trans qui effectuent une transition et plus de personnes trans visibles.

 

En ce qui concerne les hommes trans qui accouchent, je ne peux qu’être en accord avec l’idée qu’un suivi sage-femme sensible et bien informé peut bénéficier aux homme trans qui désirent un tel suivi. Si je porte un jour un enfant, c’est certain que je voudrai un suivi sage-femme ! Une approche aussi peu médicalisée que possible et fondée sur une relation de confiance réciproque mettant en valeur l’exercice du consentement libre et éclairé, c’est vraiment ce que je voudrais. Mettre au monde un enfant, je ne sais toutefois pas si c’est un souhait que je me donnerai la chance de concrétiser. L’accouchement, en soi, je serais heureux de le vivre. Les neuf mois de grossesse avec un corps de plus en plus inintelligible socialement, par contre, ça me semble vraiment difficile, d’autant plus que je vis en milieu rural, loin des communautés trans des grands centres. Je sais aussi que si je donne naissance à un enfant, je voudrai l’allaiter, et allaiter en public tout en étant lu comme un homme me paraît risqué là où je vis. Bref, les risques pour ma santé mentale, mon intégrité physique et celle de mon enfant comme les impacts sur l’équilibre de ma famille me retiennent toujours de me lancer dans le projet, même si par moments, j’y crois très fort et j’affirme que je le ferai. J’admets aussi que si j’avais besoin de soins médicaux d’urgence pendant ma grossesse ou mon accouchement, quelque chose nécessitant une intervention vitale et rapide à l’hôpital, par exemple, j’aurais sérieusement peur d’y laisser ma vie ou celle de mon bébé. Les refus de soins à des personnes trans se voient couramment et sont documentés en Amérique du Nord (Grant et al., 2011 ; Bauer et al., 2014). On peut à cela ajouter les traitements discriminatoires ou autrement méprisants, violents, etc. (Shires et Jaffee, 2015 ; Grant et al., 2011 ; Bauer et al., 2014) Je sais donc que mes craintes ne sont pas farfelues[2]. Je ne peux non plus généraliser mon propre souhait d’un suivi sage-femme à l’ensemble des personnes transmasculines et non-binaires ayant la possibilité de porter un enfant. Tout comme ce ne sont pas toutes les femmes cisgenres[3] qui souhaitent accoucher avec une sage-femme, ce ne sont pas toutes les personnes transmasculines et toutes les personnes trans non-binaires ayant la possibilité d’accoucher qui sentent qu’un suivi sage-femme leur correspond… Et dans ce qu’on sent qui nous correspond ou pas, je suppose qu’on pourrait creuser plus loin et chercher ce qui relève des rapports sociaux en présence, notamment les rapports de classes, le capacitisme, et le racisme et l’ensemble des systèmes d’oppression pour lesquels on a des noms[4].

 

Par ailleurs, la catégorie trans souffre en général d’une homogénéisation désastreuse (Cloutier, 2018). L’homogénéisation se fait au détriment des communautés trans affectées par d’autres systèmes d’oppression que le cisgenrisme[5] : ce sont elles qui sont en général les plus vulnérables. Les systèmes d’oppression, il faut le souligner, ne s’additionnent pas tout à fait quand il se conjuguent : ils s’imbriquent et produisent une synergie dévastatrice. La vulnérabilité accrue des personnes trans racisées face au VIH (Longman Marcellin et al., 2013) en est un exemple parmi d’autres. Penser aux personnes trans dans le monde de la périnatalité, donc, ce n’est pas que penser à ce qui concerne l’expérience du genre ou du corps sexué : c’est penser à l’ensemble des facteurs qui peuvent rendre une vie précaire, racisme et pauvreté inclus (liste non-exhaustive).

 

Si l’article publié dans Les PasSages mentionne l’existence des hommes trans qui accouchent, il occulte toutefois la présence des personnes trans (hommes, femmes ou non-binaires) partenaires de femmes cis qui accouchent avec des sage-femmes. C’est là peut-être une situation plus courante que celle des hommes trans qui accouchent, et ce n’est pas parce que ce ne sont pas ces personnes qui accouchent que rien ne peut être fait pour améliorer les services aux familles dont elles font partie. Au-delà des toilettes non-genrées, du langage inclusif[6] et de la formation du personnel (qui sont importants, certes, mais qui ne sont pas tout), il faut penser au bagage avec lequel les familles transparentales arrivent aux séances d’informations, aux rendez-vous de suivi et à l’accouchement. La concrétisation de tout projet parental peut être un défi, et c’est particulièrement vrai pour les personnes trans et leurs partenaires (Petit, 2015 ; dickey et al., 2016). Un couple qui aura subi des échanges méprisant et, globalement, une restriction aberrante de sa liberté avec le personnel médical dans le processus de conception d’un enfant arrivera peut-être à son suivi sage-femme avec une grande soif de liberté, par exemple. Ça dépasse le langage inclusif, les toilettes non-genrées et les formulaires. Il n’y aura pas de recette pour bien faire, mais on peut supposer qu’adopter une posture d’écoute empreinte d’une grande humilité sera aidant. Les personnes trans et les familles transparentales sont à la fois comme toutes les autres, et très différentes de toutes les autres ; affirmer en début de suivi que le statut trans de la personne suivie ou de son/sa partenaire « ne change rien pour [la/le sage-femme] » n’est pas forcément aidant. Pour moi, ce serait un signal d’alarme fort : j’aurais peur que ma/mon sage-femme ne veuille pas reconnaître mon vécu trans, les difficultés spécifiques rencontrées par ma famille ou moi-même de même que certains de mes/nos besoins qui pourraient être différents de ceux des familles cisparentales[7]. Une/un sage-femme qui, au contraire, sait se montrer d’une écoute, d’une attention, d’une empathie et d’une humilité remarquables peut permettre, par sa présence et son attitude, une grande résilience.

 

J’aimerais, avant de conclure, dire quelques mots sur la santé et le rapport à la santé des personnes trans. On parle souvent de la santé mentale précaire des personnes trans (dépression, anxiété, etc.), et de leurs taux d’idéations suicidaires, de tentatives de suicide ainsi que de suicides complétés plus élevés que chez les personnes cisgenres[8]. Les taux observés sont en effet consternants, et au-delà de ces taux, il y a des gens, et des gens qui les connaissent… ou les connaissaient, parfois, quand elles en meurent. La cause de l’anxiété et de la dépression, c’est la violence subie : « Contrary to the notion that depression and suicidality are primarily attributable to distress inherent to being trans, we found evidence that discrimination and violence had strong adverse impacts on mental health. » (Bauer et al, 2014 : 6). Je trouve un peu incongru que l’on considère que la santé mentale constitue un thème de choix pour les rencontres de suivi sage-femme avec un homme trans, à moins bien sûr que ce soit le principal concerné qui choisisse d’ouvrir le sujet. À part changer le contexte social, (c’est-à-dire travailler à plus de justice sociale) et développer un arsenal de moyens de prendre soin de nous quand la violence nous atteint, il n’y a pas grand chose à faire… (Mais ça fait déjà beaucoup, on en conviendra.) En ce qui concerne les risques associés à la prise de testostérone de synthèse, il faut aussi considérer qu’une personne qui en a besoin encourt des risques importants à ne pas en prendre. Une personne cisgenre peut être inquiète face aux risques avérés ou imaginés de la prise de testostérone de synthèse, mais oublier que cette prise d’hormones, lorsqu’elle est choisie de façon libre et éclairée par une personnes trans, peut s’avérer bien plus sain que son évitement. Il est probablement difficile pour une personne cisgenre de s’imaginer habiter un corps dont certaines caractéristiques à laquelle notre culture attache tant d’importance ne correspondent pas à ce que l’on sent authentique pour soi. Quand on est trans, le décalage entre ce que l’on se sent être et ce que l’on peut palper de ses mains, sentir circuler en soi ou rencontrer dans le miroir est parfois douloureux. Certaines personnes trans et le milieu médical parleront de « dysphorie » ou d’être « dysphorique ». Ce n’est pas un terme que j’affectionne particulièrement, mais c’est utile de le connaître. La prise d’hormones de synthèse peut être une façon de rendre le corps plus accueillant pour soi, plus habitable, et réduire le caractère abrasif des interactions avec autrui lorsque l’on est sans cesse perçu d’une façon différente de ce que l’on se sent être. Malgré les effets secondaires, les risques possibles et la tristesse que l’on peut parfois ressentir à devoir recourir à une substance extérieure pour se sentir mieux avec soi, ce peut être un choix sain. Ce qui est sain, au final, n’est pas toujours ce qui augmente vraisemblablement la longévité du corps ou son fonctionnement « optimal ». J’argumente en effet que ce peut être sensé et sain de sacrifier peut-être un peu de longévité ou de qualité du fonctionnement de certaines parties du corps au profit de la qualité de l’expérience vécue. L’expérience vécue, évidemment, appartient à chaque personne concernée, et à elle seule. Ce ne sont pas toutes les personnes trans qui prennent des hormones, qui en prennent toute leur vie post-transition[9] ou même qui souhaitent en prendre tout court. J’écris seulement que pour les personnes qui le souhaitent et qui ont été bien informées, par une personne compétente, des risques et des bénéfices connus, ce peut être tout à fait sensé d’en prendre et que ce n’est, à mon avis, ni la spécialité, ni la responsabilité des sages-femmes.

 

On pourrait dire encore bien des choses des enjeux trans en périnatalité et en matière de justice reproductive en général. J’espère avoir réussi à apporter un éclairage utile sur les expériences et les enjeux trans liés à la discussion entamée dans Les PasSages. Je peux imaginer et comprendre que ma réponse puisse soulever des émotions et des questions. Je pense que ça fait partie du processus d’ouvrir des chemins, ce qui n’enlève absolument rien à l’intensité de ce qui peut être vécu, ici et maintenant.

 

Il y a beaucoup à faire dans ce monde pour les personnes trans comme pour les sages-femmes. J’espère que nous pourrons nous connaître davantage et travailler ensemble pour plus de justice sociale.

 

 

Au bout de sinueuses études premier cycle amorcées sur un coming-out bi et achevées sur coming-out trans, j’ai obtenu un baccalauréat en sciences de l’éducation. J’ai ensuite complété une maîtrise en sociologie avec une concentration en études féministes à l’UQAM de même qu’une formation en massothérapie. Aujourd’hui, je suis le parent à la maison d’un bambin mis au monde par ma conjointe en présence de sages-femmes que nous aimons beaucoup.

Ouvrages cités

 

Ansara, Y. G. (2010). Beyond Cisgenderism: Counselling People with Non-Assigned Gender Identities. Dans L. Moon (dir.), Counselling Ideologies: Queer Challenges to Heteronormativity (p. 167‑200). Farnham et Burlington : Ashgate Publications.

 

Ansara, Y. G. et Hegarty, P. (2012 mai). Cisgenderism in Psychology: Pathologising and Misgendering Children from 1999 to 2008. Psychology and Sexuality, 3(2), 137‑160.

 

Bauer, G. R., Scheim, A. I., Deutsch, M. B. et Massarella, C. (2014). Reported Emergency Department Avoidance, Use, and Experiences of Transgender Persons in Ontario, Canada: Results From a Respondent-Driven Sampling Survey. Annals of Emergency Medicine, 63(6), 713‑720.

 

Blumer, M. L. C., Ansara, Y. G. et Watson, C. M. (2013 octobre). Cisgenderism in Family Therapy: How Everyday Clinical Practices Can Delegitimize People’s Gender Self-Designations. Journal of Family Psychotherapy, 24(4), 267‑285.

 

Cloutier, A. (2018). Vers un matérialisme trans : conceptualiser ce que vivent les personnes trans. Mémoire déposé comme exigence partielle de la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Disponible en ligne : https://www.academia.edu/36042705/Vers_un_materialisme_trans_conceptualiser_ce_que_vivent_les_personnes_trans

 

Costello, C. G. (2014 août). Cis Gender, Trans Gender, and Intersex. Récupéré de http://intersexroadshow.blogspot.ca/2014/08/cis-gender-trans-gender-and-intersex.html

 

Grant, J. M., Mottet, L. A., Tanis, J., Harrison, J., Herman, J. L. et Keisling, M. (2011). Injustice at Every Turn: A Report of the National Transgender Discrimination Survey. Washington : National Center for Transgender Equality and National Gay and Lesbian Task Force.

 

Longman Marcellin, R., Bauer, G. R. et Scheim, A. I. (2013). Intersecting Impacts of Transphobia and Racism on HIV Risk among Trans Persons of Colour in Ontario, Canada. Ethnicity and Inequalities in Health and Social Care, 6(4), 97‑107.

 

Seuffert, N. (2009). Reflections on Transgender Immigration. Griffith Law Review, 18(2), 428‑452.

 

Shires, D. A. et Jaffee, K. (2015, 1 mai). Factors Associated with Health Care Discrimination Experiences among a National Sample of Female-to-Male Transgender Individuals. Health & Social Work, 40(2), 134‑141.

 

Petit, M.-P. (2015). Transparentalités : entre mythes, réalités et hétéronormativité. Dans M. Greenbaum, Familles LGBT : le guide (p. 53‑74). Montréal : Remue-ménage.

 

Rotondi, N. K., Bauer, G. R., Scanlon, K., Kaay, M., Travers, R. et Travers, A. (2011a). Depression in Male-to-Female Transgender Ontarians: Results from the Trans PULSE Projet. Canadian Journal of Community Mental Health, 30(2), 135‑155.

 

Rotondi, N. K., Bauer, G. R., Travers, R., Travers, A., Scanlon, K. et Kaay, M. (2011b). Depression in Male-to-Female Transgender Ontarians: Results from the Trans PULSE Projet. Canadian Journal of Community Mental Health, 30(2), 113‑133.

[1] Quoique… ayant interrompu ma prise d’hormones depuis un an et demi, mon corps correspond moins qu’avant à celui qu’on attend chez un homme né à la fin des années 80. J’ai notamment l’air significativement plus jeune que lorsque je prenais de la testostérone. Il m’arrive de passer pour un garçon adolescent. C’est rarement pratique, et ça ne l’est résolument pas comme parent. Je serais à nouveau inquiet de devoir passer une frontière.

[2] Je le sais aussi d’expériences passées avec du personnel médical.

[3] Cisgenre : se dit d’une personne qui s’identifie au sexe/genre qui lui a été assigné à la naissance d’une façon non-médicalement coercitive.

[4] Ou pas encore, parce que c’est une limite… on n’a pas toujours eu des mots pour la violence à l’égard des personnes trans, par exemple !

[5] Pour une discussion du concept de cisgenrisme, consulter Ansara (2010), Ansara et Hegarty (2012) et Blumer, Ansara et Watson (2013).

[6] En matière de langage inclusif, aussi, il faut mentionner qu’il importe de ne pas limiter son usage aux situations dont on sait à coup sûr qu’elles impliquent une personnes trans ; le langage inclusif devrait être utilisé en tout temps. Certaines personnes trans, pour de multiples raisons, ne dévoileront pas leur statut trans. Aussi, contrairement à la croyance populaire, le fait d’être trans ne se « voit » ou ne se « devine » pas nécessairement.

[7] Cisparentale : se dit d’une famille dont les parents sont des personnes cisgenres. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà vu ce mot quelque part, et pas sûr non plus de l’avoir inventé, mais il me semble désormais nécessaire.

[8] Pour des données ontariennes, consulter Rotondi et al. (2011a et b) et Bauer et al. (2013).

[9] Et la transition… C’est un concept utile pour rendre nos parcours et nos récits de vie intelligibles dans un monde cis, mais c’est vraiment un drôle de concept. L’identification du moment précis où elle a commencé est plutôt arbitraire, tout autant que sa fin… On change tout le temps, tous les jours, qu’on soit cis ou trans, ou hors de cette binarité qui échoue par ailleurs à rendre compte de l’existence des personnes intersexes et intersexuées et des violences déployées à leur endroit (Costello, 2014).

Une table de ronde d’étudiantes-chercheuses sur les violences obstétricales pour la SMAR 2018

Montréal, le 14 mai 201

Par Mathilde Grenier, étudiante à la maîtrise en sociologie et chargée de projet pour le Regroupement Naissance-Renaissance

 

Dans le cadre de la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR) se déroulant du 14 au 20 mai 2018, le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) a participé à la première table ronde des étudiantes-chercheuses du Québec travaillant actuellement sur les violences obstétricales.

 

Les cinq étudiantes, Nicole Pino et Lorraine Fontaine, les co-coordonnatrices du RNR et Chrystiane Naud, la coordonnatrice générale du Collectif Les Accompagnantes, ont échangé sur leurs recherches respectives et ont réfléchi à une définition commune de la violence obstétricale.

 

  • Geneviève Desgagné est candidate à la maîtrise en éthique à l’Université du Québec à Rimouski campus Lévis et s’intéresse aux bénéfices de l’accouchement physiologique comme un pilier permettant la diminution de la violence obstétricale.

 

  • Marie-Pier Landry est candidate à la maîtrise en travail social à l’Université Laval et travaille sur les expérience négatives ou difficiles de soins reçus lors d’un accouchement milieu hospitalier québécois dans une perspective féministe intersectionnelle.

 

  • Élise Dagenais est candidate à la maîtrise en sociologie et études féministes à l’Université du Québec à Montréal et s’intéresse à la médicalisation de l’accouchement, au consentement, aux violences obstétricales et à la discrimination que vivent les personnes sourdes.

 

  • Mariane Labrecque a récemment déposé son mémoire de maîtrise en travail social à l’Université de Montréal. Elle a travaillé sur les expériences négatives d’accouchement selon la perspective des femmes et les liens avec les violences obstétricales.

 

  • Mathilde Grenier est candidate à la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et s’intéresse à la façon dont est enseigné le consentement dans la formation médicale en gynéco-obstétrique et à la reproduction sociale des violences obstétricales.

 

Les discussions ont été riches et ont démontré la pertinence du réseautage dans ce domaine de recherche encore peu connu. Cette table ronde aura également permis aux participantes de connaître la diversité des angles d’approche qui existent dans la recherche sur les violences obstétricales et de constater que malgré certaines nuances dans leurs définitions respectives de celles-ci, il y a une vision commune qui rassemble toutes les chercheuses.

La recherche sur les violences obstétricales est en émergence et le travail effectué par ces étudiantes-chercheuses ouvre la voie pour des recherches futures, pour l’amorce d’un dialogue entre les milieux universitaires, militants, gouvernementaux et de la santé et pour la recherche de solutions.

 

 

vingt septembre deux mille onze

Roxanne Guérin, professionnelle en communication, étudiante en littérature comparée et maman féministe

vingt septembre deux mille onze

cible atteinte, bullseye

le lent mouvement s’amorce

la phase de latence

met fin à l’attente

débute le périple initiatique

de l’origine

et mes reins pyromanes

imposent une danse pulsative

à la cadence organique

crescendo de feux d’artifice

en explosions successives

au coeur de la matrice

les apogées flamboyantes

brisent ma volonté

le vertige m’engourdit

et m’entraîne dans un néant en brume laiteuse

où baignent mes synapses

les membranes sont toujours intactes

la brèche s’évase lentement

à l’orée de ma conscience

les sorcières veillent, matriarches

gardiennes bienveillantes du savoir ancestral

elles anticipent les vagues incandescentes

sous leurs assauts

je deviens louve hurlante

patiemment

elles guident mon cri primal

et apprivoisent mon souffle

elles ouvrent l’espace

elles sont éclipses furtives

à l’ouest de l’île

là où les étoiles mouchettent le ciel

c’est l’heure

je prends position

animale, écartée, instinctive

la poussée me saisit au corps

une fois, deux fois, tremblement de terre

grondement sauvage pour la flambée ultime

les rives de mon corps

accueillent la loutre frétillante

enduite de son vernix sublime

il est vingt et une heure dix sept

Si j’avais accouché

Isabelle Boisvert, doctorante en psychologie

 

Cette année j’ai senti la vie se déployer en moi. Je me sentais pleine, pleine de vitalité, pleine d’amour, pleine de mouvements, et même pleine d’eau. Je me sentais ronde et belle. Il me semblait découvrir chaque jour un peu plus mon bébé. Je me suis laissée émerveiller par tous les petits miracles que mon corps exprimait à chaque étape de ma grossesse. Il était souple et se laissait avec douceur se métamorphoser et ce, de pair avec mon handicap physique. On m’avait décrit tous les risques et les tords que ma bedaine pourrait me causer, mais ce fut l’inverse. Mon bébé et moi avons pris soin l’un de l’autre, tout en douceur. J’aurais pu allonger ma grossesse jusqu’à 20 mois ! Mais mon bout de chou fut vite trop à l’étroit dans son cocon.

Depuis, je fais des rêves la nuit. Je rêve que j’accouche. Je suis agenouillée dans un lit et je rassemble toutes mes forces pour mettre au monde mon bébé. Parfois j’accouche de mon garçon. Parfois, j’accouche en AVAC d’une fillette. Mon corps veut accoucher. Mon cœur a besoin d’accoucher. Et si j’avais accouché ?

Si j’avais accouché, j’aurais fait la demande pour avoir à mes côtés une sage femme. Elle m’aurait regardé grossir pendant neuf mois et aurait accueilli mes inquiétudes de maman et de femme en situation de handicap. Chacune de mes questions aurait eu une réponse toute en nuances. Il y aurait eu un espace pour qu’elles se déploient, pour qu’elles sortent de moi. La peur ressentie par l’autre ne m’aurait pas atteinte. Le médecin, l’infirmière, la sage femme auraient su appréhender leurs émotions pour me laisser ressentir les miennes. J’aurais su qu’une première grossesse va souvent jusqu’à 42 semaines. J’aurais su qu’avec une vigilance tranquille, mon bébé aurait pu prendre son temps. Il aurait continué sa descente au creux de mes reins et aurait ordonné à mon corps de s’ouvrir. J’aurais senti le regard bienveillant de cette médecin, infirmière ou sage femme se poser sur mon être tout entier, et non pas morcelé.

Si j’avais accouché, j’aurais davantage pesé les pours et les contres avec cette femme qui aurait vu la vie glisser hors de moi. J’aurais été accompagnée par une seule et même femme. Elle m’aurait suivie sans hâte en adoptant une posture de présence bienveillante. Nous aurions parlé, échangé des regards, échangé des touchers. Nous nous serions connues. Je n’aurais pas passé mes neuf premières heures de travail dans l’aile de préaccouchement. Je n’avais pas besoin de solitude, mais de calme, d’intimité et de soutien.

Si j’avais accouché, je me serais fait un nid dans une chambre douillette. Je me serais déposée dans un espace bienveillant. À l’hôpital ou dans une maison de naissance, j’aurais empreint de mon odeur une chambre plutôt que trois. Je me serais reposée entre les contractions plutôt que de courir parmi les dédales de l’hôpital.

Si j’avais accouché, j’aurais su qu’un accouchement prend du temps, qu’un accouchement prend son temps. J’aurais voyagé au rythme de mon fils, au rythme de nos deux corps. Je n’aurais pas eu à refuser trois fois une deuxième dose d’hormones. Mon utérus ne se serait pas emballé. La douleur n’aurait pas fait un bond si soudain que j’ai demandé à ne plus la ressentir. Dès lors, je me suis sentie déconnectée de l’expérience vécue par mon fils. Je le laissais seul. Et seuls, côte à côte, nous avons été jusqu’à la césarienne.

Si j’avais accouché, ma mère aurait eu un lit bien à elle pour se reposer à mes côtés durant les 18 heures qu’a duré mon travail ainsi que les cinq jours de notre séjour à l’hôpital. Elle se serait reposée et aurait été en forme pour notre retour à la maison. Ma mère n’aurait pas dormi sur une banquette contre une fenêtre glacée. Elle aurait eu un répit alors que l’infirmière ou la sage-femme aurait soutenu mes premiers pas en tant que mère. La nuit, cette femme aurait accompagné les tétées de mon enfant. J’aurais su que je pouvais nourrir mon fils. Nous aurions eu trois jours ensemble pour trouver comment je pouvais allaiter mon fils. Ma mère et moi aurions été moins épuisées et capables d’accueillir les pleurs insistants de la troisième nuit. J’aurais pu allaiter durant cette troisième nuit, nuit du retour à la maison. Mes seins auraient vécu avec délice plutôt que violence ma montée de lait.

Si j’avais accouché, mes premières semaines avec mon fils auraient été différentes. Je me souviens que les premières semaines n’ont été que noirceur, comme si plus rien ne faisait sens. Tout était douleur et fatigue. J’avais pourtant rêvé de mon fils. J’avais rêvé de me bercer avec lui. Je le berçais certes, mais mon âme était trop occupée à se reconstruire.

Si j’avais accouché, j’aurais été avec mon fils pour son passage entre deux mondes.

Mais voilà, je n’ai pas accouché. On m’a accouchée.

Isabelle Boisvert

Semaine mondiale pour l’accouchement respecté : «Reprenons notre autonomie!» 14 au 20 mai 2018

 

COMMUNIQUÉ

Montréal, 14 mai 2018 –

Semaine mondiale pour l’accouchement respecté : « Reprenons notre autonomie! »

Le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) souligne la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR) par une série d’évènements et d’actions de sensibilisation qui se dérouleront entre le 14 et le 20 mai 2018. Partout au Québec, joignez-vous au RNR pour que nous reprenions collectivement et individuellement notre autonomie dans nos accouchements.

Dans les deux dernières années, la question de la violence obstétricale a pris d’assaut les médias et les universités. Les voix se libèrent et avec cette prise de parole, un grand cri du cœur retentit : «Reprenons notre autonomie!». Les personnes enceintes comme les communautés en ont marre de tous les rouages systémiques et culturels qui enfreignent leur autonomie dans l’enfantement.

Cette année, durant la SMAR, le RNR lance la campagne #ReprenonsNotreAutonomie. Cette campagne sur les réseaux sociaux vise à mettre sur la place publique des témoignages de personnes ou de groupes qui ont des expériences de réappropriation de leur pouvoir autour de l’enfantement. Ça peut être, par exemple, une expérience transformatrice lors d’un suivi sage-femme ou un projet de maison de naissance qui a vu le jour grâce à la mobilisation citoyenne. On peut y participer en se prenant en photo avec le témoignage, en l’écrivant ou en se filmant, et ensuite en le diffusant sur les réseaux sociaux avec le mot-clic #ReprenonsNotreAutonomie.

Plusieurs autres activités et évènements sont prévus lors de cette semaine. Tous les détails sont disponibles via la page Facebook de l’évènement La SMAR 2018 au Québec : Reprenons notre autonomie! : https://www.facebook.com/events/625866977778816/ et le mot-clic #SMAR2018. Il y aura également plusieurs billets diffusés sur le blogue Maternité et dignité : https://materniteetdignite.wordpress.com,

La Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR) a été initiée en 2004 par l’Alliance francophone pour l’accouchement respecté (AFAR) et est coordonnée par l’European Network of Childbirth Associations (ENCA) depuis 2010. Au Québec, pour la 8e année consécutive, le RNR se joint à cette initiative internationale pour sensibiliser la population, les intervenantes et intervenantes de santé et les décideurs à l’importance de changer les pratiques hospitalières qui entourent l’accouchement au Québec. La SMAR se déroule tous les ans pendant la troisième semaine du mois de mai.

Le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) est un organisme féministe provincial d’action communautaire autonome qui agit comme force de changement social pour l’humanisation de la période périnatale. Durant ses 38 ans d’existence, il a entre autre contribué à la reconnaissance et à la légalisation de la pratique sage-femme et à l’essor des groupes communautaires en périnatalité et ce, en s’alliant avec le mouvement féministe.

-30-

 

Personne-contact :

Nicole Pino

info@naissance-renaissance.qc.ca

(514) 392-0308

Semaine mondiale pour l’accouchement respecté mai 2018 – Appel de textes

Depuis quelques années déjà, le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) s’allie à la communauté internationale qui souligne la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR). Le RNR organise des activités de revendications, de mobilisations et de réflexions autour de questions qui interpellent la société québécoise.

 

Le RNR souhaite, cette année, profiter de la SMAR pour mettre de l’avant le respect de l’autonomie dans la période périnatale. Le RNR vous invite donc à réfléchir aux questions touchant à l’autonomie individuelle, collective et professionnelle des femmes et des personnes enceintes et qui accouchent aussi bien que des professionnel.le.s de la santé qui les accompagnent. Est-ce que l’autonomie des personnes qui accouchent est respectée? Qu’est-ce qui entrave cette autonomie? Quelles sont les revendications qui doivent sans cesse être réitérées? Est-ce que les professionnel.le.s ont une autonomie de pratique réelle? Qu’en est-il des communautés autochtones et de leur autonomie à choisir les modèles qui leur conviennent? Et qu’en est-il d’autres communautés, par exemple les personnes vivant dans des régions éloignées et peu peuplées? Comme groupe citoyen, quelle autonomie a-t-on dans le développement de la pratique sage-femme?
Il y a 40 ans, le mouvement d’humanisation des naissances revendiquait l’autonomie et le droit de choisir. En 2018, ces revendications demeurent toujours aussi d’actualité, même si le contexte a changé. C’est dans cette optique que le RNR vous invite à réfléchir à la lumière de votre vécu ou de votre engagement sur les thématiques suivantes :

  • Reconnaissance de l’autodétermination des peuples autochtones sur les pratiques autour de l’accouchement ;
  • Comment le colonialisme brime l’autonomie des femmes enceintes autochtones  ;
  • En tant que sage-femme, comment s’articule l’autonomie professionnelle (dans le cadre des instances sages-femmes et du système de santé)   ;
  • Comme sage-femme, quel est notre rôle pour soutenir l’autonomie des personnes qui accouchent ;
  • Comment assurer l’autonomie des groupes citoyens qui revendiquent des services de sage-femme ;
  • Comment les groupes communautaires en périnatalité contribuent à l’autonomie des personnes qu’elles desservent ;
  • L’autonomie en salle d’accouchement autant qu’à la maison : comment la revendiquer ;
  • Comment l’organisation des soins prive-t-elle d’autonomie la personne qui accouche ;
  • Perspective féministe de l’autonomie en lien avec la santé reproductive (contraception, conception, grossesse, accouchement, allaitement, etc.) ;
  • Quels sont nos droits par rapport à l’autonomie ;
  • Le droit au consentement libre et éclairé : pierre angulaire de l’autonomie ;
  • Comment se vit l’autonomie pendant la période périnatale pour les personnes vivant dans les situations suivantes : les personnes non-couvertes par la RAMQ, en situation d’handicap, les femmes incarcérées, les femmes racisées, etc. ;
  • Vécu des personnes trans ou non-binaires en lien avec leur autonomie en période périnatale ;
  • Toute autre question qui vous interpelle.

 

Nous vous invitons à soumettre des articles, essais, critiques, textes de fiction et œuvres visuelles qui seront publié.e.s dans le cadre de la SMAR.

Les textes devront contenir un maximum de 5000 mots.

Les textes soumis doivent adopter un langage inclusif et une révision linguistique sera faite. Vous aurez l’occasion de valider la version finale de votre billet de blogue avant sa publication.

Le comité SMAR Québec 2018 se réserve le droit de refuser la publication de toute soumission qui contient des propos haineux ou des attaques personnelles.

Faites parvenir vos propositions à npino@naissance-renaissance.qc.ca au plus tard le 25 avril 2018.

Comité SMAR Québec 2018

Le Regroupement Naissance-Renaissance s’excuse auprès de la communauté trans

Le 15 mai dernier, nous avons publié une lettre ouverte dans le Huffington Post Québec intitulée «Quand la culture du viol s’immisce dans la salle d’accouchement».

Nous avons su que ce texte a profondément blessé la communauté trans puisque nous avions mis à la fin du texte la phrase suivante «Le mot femme dans ce texte est employé pour désigner toute personne se considérant comme telle ou ayant un utérus.»

Bien que notre intention première était d’être inclusives des hommes trans et personnes non-binaires, nous comprenons maintenant que cette phrase était non seulement maladroite mais violente. Pour les hommes trans et personnes non-binaires, il est déjà assez difficile de vivre au quotidien de l’invisibilité et de l’oppression, ces personnes méritent de ne pas être sous-entendues dans le mot «femme» et d’être reconnues à part entière.

Nous vous invitons aussi à nous faire parvenir vos témoignages de violence obstétricale à maternitedignite@naissance-renaissance.qc.ca afin de contribuer à mieux comprendre vos différents vécus.

Nous souhaitons donc vous exprimer nos plus sincères excuses et nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous faire part de votre malaise et de votre colère. Nous avons appris à travers cette expérience et nous nous engageons à ne plus commettre une telle erreur. Sachez que le Regroupement Naissance-Renaissance se veut un allié et nous continuerons à cheminer vers une plus grande inclusion.

Sophie Séguin, militante
Nicole Pino, Regroupement Naissance-Renaissance
Lorraine Fontaine, Regroupement Naissance-Renaissance

Co-signataires:
Martine Delvaux
Je suis indestructible (JSI)
Stéphanie St-Amant
Manal Drissi
Sandrine Ricci
Maguy Metellus
Sophie Bérubé
Houda Rochdi
Lysane Grégoire
Anne-Marie Dupras
Alexandrine Agostini

Quand accouchement rime avec empowerment  

Par Marie Soleil Chrétien

Dans quelques jours, je fêterai le premier anniversaire de ma fille. Avec cette date qui approche je ne peux m’empêcher de me remémorer ce moment magique que j’ai vécu. Un pur moment d’empowerment. Cette reprise de pouvoir sur mon corps, cette capacité physique mais – surtout – psychologique d’accoucher par voie naturelle ainsi que le sentiment de respect et d’écoute n’auraient pas été possibles sans le travail magnifique des docteur.e.s et des sages-femmes que j’ai côtoyés tout au long de ces 40 semaines. Contrairement à trop de femmes, j’ai eu la chance de ne pas vivre de violences obstétricales. J’ai été traitée comme une personne à part entière, une femme complètement en contrôle de son corps, de ses choix, et de ceux qui concernent son  bébé tout neuf.

Je n’ai pas eu de place en maison de naissances, mais j’ai eu la chance d’avoir un suivi dans un CLSC où les docteur.e.s sont sensibilisé.e.s aux violences obstétricales et aux méthodes alternatives d’apaisement de la douleur lors des accouchements. L’équipe était affiliée à un hôpital travaillant en collaboration avec des sages-femmes. Je suis persuadée que c’est une des principales raisons pour laquelle j’ai pu vivre une grossesse et un accouchement qui me respectaient et qui me permettaient de faire mes choix de manière éclairée sans subir de jugement de la part du corps médical. Je vous raconte.

À dix semaines de grossesse, j’ai eu mon premier rendez-vous de suivi. J’arrive au CLSC, un homme m’appelle. ANGOISSE. J’ai toujours refusé d’avoir un homme gynéco, je ne voulais pas qu’un homme fasse mon suivi de grossesse. Mais, j’ai eu des bons commentaires sur ce docteur, et rendu à dix semaines de grossesse c’est difficile de trouver quelqu’un pour faire le suivi. (Allô l’austérité, les coupes et le manque de personnel dans les services publics*) Je rentre dans le bureau et coup de foudre au premier instant. Il se présente, me demande de nommer mes limites, mes attentes et entend ce que j’ai à dire. Le reste des 40 semaines à le côtoyer confirmeront mon coup de foudre. Jamais, il ne m’a jamais touchée sans préalablement me demander mon consentement. Et quand il devait vérifier « down there » il m’expliquait dans les moindres détails tout ce qu’il faisait. Il ne faisait d’examens vaginaux que si c’était nécessaire. Il me demandait toujours quand j’étais prête, utilisait un petit spéculum à ma demande et faisait ça le plus rapidement possible.

À 37 semaines de grossesse, je lisais les témoignages publiés durant la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR). Des témoignages troublants de violences obstétricales; des épisiotomies non consenties aux attouchements sexuels en passant par des interventions allant à l’encontre des choix des parents comme le « point du mari » (coudre un point supplémentaire pour resserrer l’entrée du vagin au-delà de son état initial), la vitamine K (injection de vitamine K administrée au bébé), etc. Et, cerise sur le sundae, j’apprenais en même temps que mon bébé était en siège. C’était la panique totale.

Le docteur m’a demandée d’aller le rejoindre à l’hôpital pour faire une échographie qui confirmera que bébé était bien en siège. À ce moment, j’ai été prise en charge par la section « grossesse à risque » de l’hôpital, ça faisait peur. Premier rendez-vous, une infirmière m’accueille, puis une sage-femme. On me parle, m’explique les alternatives, me rassure que c’est pas de ma faute, ce n’est pas parce que « j’ai pas assez fait la position du chat », puis la docteure arrive. Avec elles, on fait une écho pour déterminer les possibilités. Option 1, option 2, option 3, etc. À chaque option, elles me nomment les « pour » et les « contre » mais surtout me rassurent que ça reste mon choix et qu’elles m’accompagneront peu importe. Elles me laissent un temps seule pour réfléchir. On finit par planifier une tentative de version par manœuvre externe quatre jours plus tard qui ne fonctionnera pas. On se rassoit avec la docteure, toujours en me faisant sentir très à l’aise de faire mes propres choix, elle m’énumère les autres options. Césarienne, ou accouchement par voie vaginale. Elle m’explique encore tout les « pour » ou « contre » et me propose de me laisser du temps pour y réfléchir. On se reverra la semaine prochaine pour voir ce que je choisirai et voir si bébé E. n’aurait pas eu l’amabilité de se retourner les fesses.

Je suis du genre psycho-rigide et j’ai besoin de tout planifier. Je m’étais résignée à une césarienne, parce que ça m’angoissait trop l’accouchement par voie vaginale en siège, c’était mon choix. Mais, j’avais un petit doute. Alors, j’ai demandé à la docteure de planifier la césarienne pas avant la 40e semaine, au cas où. Et dans le cas d’un déclenchement naturel, je verrais ce que je veux faire. Ma césarienne était planifiée pour le 30 mai 2016. Je prends donc la semaine avant pour m’organiser, et profiter de mes derniers moments sans bébé. Samedi le 29 mai, mes eaux crèvent. Revirement de situation. Allô ma psycho-rigidité qui en prend un coup! Arrivée à l’hôpital, je suis accueillie par une infirmière et une sage-femme. On se jase. Je martèle que je veux une césarienne, j’ai peur. C’était pas le plan. La sage-femme et la docteure me rassurent, me disent que ça va bien, et me laissent un temps pour réfléchir puisque sur mon plan de naissance c’est inscrit que je veux essayer par voie naturelle si l’accouchement se déclenche naturellement.

Je continue de marteler que je veux la césarienne. Elles m’écoutent, m’entendent, me disent que c’est mon choix mais que je serais capable par voie naturelle si je le voulais. Comme mon col n’est ni dilaté ni effacé, elles me laissent encore environ deux heures pour réfléchir. On ne me met aucune pression pour faire un choix ou pour m’imposer un choix. Jamais elles ne m’ont mis de pression pour accoucher par césarienne ou par voie naturelle. Tout ce qu’elles me disaient c’est que c’était mon choix et que, peu importe, elles le respecteraient. On finit par me préparer et me monter à l’étage pour une césarienne. Papa va s’habiller pour la salle d’opération, et moi je vais dans la salle pour l’anesthésie. La docteure me redemande une dernière fois si je suis certaine de mon choix, qu’elle souhaite seulement que mes désirs soient respectés et me donne un dernier moment pour y réfléchir pendant que tout.es se préparent à l’anesthésie. Finalement, au moment où j’allais recevoir l’anesthésie je demande s’il est encore temps de changer d’idée. Je change d’idée, on me redescend à l’étage de maternité, papa ne comprenant rien de ce qui se passe, et on me donne une chambre super pour mon travail.

Pendant le travail, j’ai été entourée d’une sage-femme, d’une infirmière et d’une docteure. Elles se relayaient pour me faire des points de pression, me flatter les cheveux, me parler, me rassurer. Je n’ai jamais eu de pression pour prendre l’épidurale et je l’ai demandée finalement après huit heures de travail dilaté à 8.5 sans avancement. Au moment de la poussée finale, on m’a amenée dans une salle spéciale où il y avait de l’équipement pour réanimation, comme il arrive que les bébés soient plus faibles et en aient besoin. Encore à ce moment, entourée de toutes ces merveilleuses personnes, j’ai poussé, encouragée par toutes ces personnes. Elles réussissaient à trouver les mots pour me faire sentir forte, capable, en confiance sans me mettre de pression quelconque. Je me souviens ma dernière poussée, ça faisait 5 poussées que rien ne se passait et j’avais écrit sur mon plan que je pourrais envisager l’épisiotomie. Docteure W. m’a regardée entre deux poussées et m’a demandé si elle pouvait me faire une épisio vu que ça ne bougeait pas. Elle m’a même proposé, « on essaie encore 2-3 poussées et sinon, si tu veux je coupe pour aider le passage. » Ces mots, je m’en souviendrai toujours. Jusqu’au bout, mon consentement a été demandé et respecté.

Après la naissance de bébé, elles me l’ont mise direct sur le ventre, sans la laver, sans vitamine, comme je l’avais demandé. Chaque fois qu’elle voulait faire quelque chose à bébé, la peser etc., elles me demandaient si elles pouvaient le faire et si elles pouvaient la prendre ou la toucher. Non seulement mon consentement était respecté à tout moment concernant mon corps, mais j’avais le choix à tout moment de consentir ou pas aux manœuvres à faire sur bébé.

Je suis consciente que trop de femmes, sinon la majorité, vivent des violences obstétricales ici comme ailleurs. Que leur consentement n’est pas respecté. Je considère que cette absence de respect pour le consentement s’imbrique dans le culture du viol qui banalise et objectifie les corps des femmes, qui donne l’impression que leur corps ne sont que viande et propriété de tout.e.s. Le corps médical qui banalise les accouchements, qui ne respecte pas les désirs des futures mamans, qui agit sans leur consentement, ceci  s’inscrit directement dans un système patriarcal qui refuse aux femmes leur autonomie et leur capacité d’agir.

Je persiste à dire que mon expérience d’empowerment pendant la grossesse et l’accouchement et les traitements respectueux et sans jugement ont été possibles grâce au travail des sages-femmes et à l’approche alternative que les docteur.e.s de l’hôpital ont adoptés.

Je reste persuadée que l’apport des sages-femmes et leur reconnaissance professionnelle par le personnel médical a fait en sorte que les docteur.e.s qui m’ont suivi étaient plus conscientisé et que leur approche n’était pas celle de personnel médical qui font des accouchements sans prendre en compte les personnes directement concernées. Persuadée qu’un travail multidisciplinaire harmonieux  serait une des clés à l’intervention respectueuse lors de suivi de grossesse et d’accouchement. Il est temps que, tant dans la société qu’en obstétrique,  le corps des femmes ne soient plus objectivé et pris en charge par tous et toutes. Et que les femmes soient considérées des êtres humains à part entière complètement aptes à prendre des décisions pour leur propre corps.

Je ne peux que souhaiter que d’autres hôpitaux et corps médicaux emboitent le pas et décident de travailler conjointement avec les sages-femmes au Québec afin que se transmette l’approche naturelle et alternative. Une approche dans laquelle la surmédicalisation n’est pas imposée mais où les méthodes de médecine alternative sont prônées. Une approche de travail conjoint entre docteur.e et sage-femme, une approche dans le consentement, l’écoute et le respect de nos limites, nos peurs, nos demandes, et surtout, nos choix.

*L’austérité et les coupes dans les services publics affectent directement les femmes pour en savoir plus vous pouvez lire « La privatisation du système de santé : une atteinte au droit à la santé et au droit à l’égalité des femmes » (http://www.rcentres.qc.ca/files/2008-privatisation-du-rss.pdf)