La violence obstétricale… Seulement dans les maternités?

Par Kate Petitclerc, accompagnante à la naissance

Réflexion et témoignage concernant la procréation médicalement assistée

Lorsque j’ai annoncé à mon conjoint que la SMAR[1] approchait à grands pas et que je souhaitais écrire sur ce sujet, plus précisément concernant le contexte de l’infertilité, il m’a regardé d’un drôle d’air… :

«  La violence obstétricale? C’est quoi ça? Qu’est-ce que tu vas écrire qui soit en lien avec l’infertilité??? »

Et là, je me suis dit : si l’homme de ma vie ne soupçonne pas qu’il s’agisse d’une réalité et que je puisse me questionner non seulement sur son existence dans les maternités, mais également dans les cliniques de fertilité, qu’en était-il de tous ceux et celles qui n’ont pas pour conjointe une accompagnante à la naissance marquée par des années de PMA[2]? C’est à ce moment que j’ai réalisé ceci : cette réalité passe sous silence.

Les quelques lignes qui suivent auraient pu être ponctuées de témoignages de femmes que j’ai côtoyées au cours des dernières années ou de paroles entendues de la bouche de praticiens dans les cliniques de fertilité ou lors des naissances auxquelles j’ai pu assister, mais j’ai choisi de ne parler que de ma propre histoire, craignant que ces mots rapportés ne soient perçus que comme de vagues anecdotes plutôt que de faits avérés. Par contre, je les invite, ainsi que toute autre femme qui se questionne sur son ressenti suite à une expérience semblable (en clinique de fertilité, durant la grossesse ou au moment de l’accouchement) à commenter et surtout, à dénoncer (outils et ressources disponibles à la toute fin).

 

Bref retour dans le temps…

 

Je dois vous dire que d’écrire sur ce sujet n’est pas chose facile… En effet, pour me replonger dans ce passé plutôt tortueux, je me suis dit qu’il serait pertinent de faire la lecture du « journal » qui me servait de thérapie alors que nous franchissions, une à une, les étapes de notre parcours du combattant en clinique de fertilité. Pas facile de relire ces lignes, que j’ai moi-même écrites, il y a une éternité de cela. Prises hors contexte, elles vous sembleront probablement anodines. Mais lorsque j’y repense, justement, au contexte (longs soupirs, yeux roulés au ciel, manque ou absence d’empathie, pas prise aux sérieux/rigolades…), une boule se noue dans ma gorge.

Pour ne vous détailler qu’un exemple de situation qui, encore aujourd’hui, réussit à me troubler, j’aimerais vous parler de la première nuit (de ma vie!) passée à l’hôpital, alors que je venais de faire une crise de douleur abdominale absolument épouvantable. Aux alentours de 3 heures du matin, 3 résidentes sont entrées dans ma chambre, alors que j’avais enfin réussi à fermer l’œil. J’étais complètement dans les vapes, à cause de la morphine. Elles ont allumé les lumières et l’une d’entre elles m’a dit qu’elle me ferait un toucher vaginal (pourquoi? Je n’en sais trop rien… je n’avais enfin plus de douleur, il était trois heures du matin, j’essayais de récupérer… et j’avais déjà eu mon lot de taponnage dans cette zone-là au cours des dernières semaines et surtout des derniers jours!!). J’appréhende la palpation, je sens le contact du doigt ganté contre mon ovaire (que je sais en détresse à cause d’une torsion que l’on se refuse à envisager…) et je grimace. Après le toucher, la résidente m’annonce que j’ai probablement la chlamydia….!!!

Ben oui toi, c’était justement dans mon top trois des origines plausibles à mon mal… Ça et un Alien en train de pousser dans mon foie!

Je suis découragée… On me laisse comme ça, avec ce pseudo-diagnostic, les lumières sont refermées, et j’essaie de me rendormir… Cette seule petite intervention insignifiante pour plusieurs fut pour moi suffisamment significative pour peser lourd dans la balance de mon changement de carrière et de ma détermination à aider les femmes à faire des choix éclairés, certes, mais surtout à se faire respecter, considérer, écouter. Dans ce petit geste banal comme un nettoyage de dents chez le dentiste, j’avais vécu suffisamment pour être en mesure de me mettre à la place des femmes sur le point d’accoucher qui subissaient des TV à répétition, qui répétaient que tout allait bien alors que l’on voulait les convaincre du contraire, ou que quelque chose n’allait pas et que l’on ne les écoutait pas. Il était trois heures du matin, j’étais seule, j’avais peur, je ne connaissais pas ces trois femmes, j’étais complètement droguée par la morphine et il n’y avait absolument aucune raison pour qu’un TV soit fait à ce moment… Et que dire du diagnostic d’infection à chlamydia sorti de nulle part, par un seul TV?? Comment étais-je censée gérer la situation? Comment ces spécialistes allaient-ils pouvoir m’aider si personne ne m’écoutait, ne me croyait, ne s’attardait à ce que je ressentais? La réponse : il m’aura fallu attendre du vendredi 9 mars au dimanche soir 11 mars 2012 avant de subir une laparoscopie qui révéla un ovaire droit bleuté…. Et « l’évidence d’une torsion ovarienne composée de deux tours »… La torsion ovarienne étant une urgence médicale qui se doit d’être traitée dans un délai de 6 heures…

Des moments où je me suis sentie minuscule, à la merci des grands spécialistes, croyant dur comme fer qu’ils tenaient notre destinée de parents-en-devenir entre leurs mains et qu’il fallait les écouter, obéir, subir… j’en ai vécu des tonnes… Il me faudrait des heures encore pour tous les mettre par écrit. En voici tout de même quelques-uns, pris au vol dans mes souvenirs…

Médecin de la clinique de fertilité : « On n’a pas fait ses devoirs, ma petite madame? Sans ces résultats, je pourrais aussi bien décider de vous retourner chez vous, sans faire l’insémination…!!!? »[3]

Par ces quelques phrases, dites sur un ton condescendant, je me suis sentie diminuée, infantilisée, pratiquement menacée (à noter que lesdits résultats d’examen devaient avoir été envoyés par un centre hospitalier depuis déjà plusieurs semaines… je n’y étais pour rien! Mais en termes de bourde administrative, cette anecdote n’est que la pointe de l’iceberg…). Qu’étais-je supposée répondre? « Aaahhh non s’il-vous-plaît gentil, gentil Docteur! Je vous jure que ce n’est pas de ma faute! S’il-vous-plaît, dites-moi que nous n’avons pas perdu une demi-journée de salaire, que nous n’avons pas fait 2h30 de route et patienté avant que ce soit notre tour pour rien??? » Bien sûr, j’ai joué la misérable éplorée, complètement découragée et dépendante que j’étais, et non sans soupirs, j’ai finalement eu droit à l’insémination!

Et encore, la fois d’après, ces paroles dévastatrices de la part d’une infirmière :

Moi : « Si je comprends bien, comme l’hôpital ne vous a pas transmis mon bilan sanguin et les résultats d’examen, il se pourrait que les pailles de spermes décongelées soient bonnes à jeter??? »

L’infirmière : « Ben oui… c’est bien malheureux! »

Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces pailles contenaient le sperme congelé de mon conjoint, préservés avant le début de ses traitements de chimiothérapie. Bref, elles représentaient, bien qu’infime, notre seule chance de parvenir à concevoir un petit bébé dont mon conjoint serait le père biologique. Nous dire que quelques-unes d’entre elles seraient inutilisées, gaspillées, alors que j’étais prête pour cette énième insémination fut tout simplement la goutte de trop. J’ai porté plainte quelque temps après… nous n’avons plus jamais revu l’infirmière en question…

Discussion avec une gynécologue spécialisée en infertilité, quelques jours avant le diagnostic de la torsion ovarienne et alors que je suis convaincue que quelque chose ne va pas :

«  C’est normal, les maux de ventre, tu devrais prendre des Advils, ça va finir par passer… »

Échange avec une infirmière qui me voit souffrir, pliée en deux, en salle d’évaluation : « Cou donc, t’es-tu enceinte? »

Moi, noire de rage : « Aucune chance! Traitements de fertilités… j’aurai mes règles d’une journée à l’autre… test négatif.

Infirmière : « Ouais, c’est ça, je vais te faire une prise de sang, ça sent la fausse-couche… »

Discussion de radiologistes, pendant ma première échographie endovaginale suite à mon admission pour des douleurs abdominales, un vendredi en fin de soirée:

« En tout cas merci de t’être déplacé tard comme ça… » Pis toi ta semaine? Hâte au week-end?…!

Eeee… est-ce que je dérange?

Et encore, une autre infirmière, qui s’occupe de mon admission alors que je suis de nouveau en crise aigüe (cette fois-ci, mon conjoint avait appelé l’ambulance, car j’étais en train de m’hyperventiler à cause de la peur et de la douleur) :

Infirmière : « Ouais moi aussi j’ai déjà eu ça des kystes aux ovaires qui éclatent… C’est vraiment pas agréable, mais y’a rien à faire à part attendre que le sang se résorbe!

Moi : C’est pas des kystes… C’EST… UNE… TORSION!!!!!

Infirmière : Une torsion de l’ovaire? Ben non… c’est super rare! »

 

Et la liste pourrait continuer encore et encore… Que ce soit lors de mon hospitalisation où au cours des trois années et demie où nous avons côtoyé les cliniques de fertilité, toujours l’impression de se sentir « garochés », de déranger, de poser trop de questions, de trop accaparer, de ressentir des hésitations qui n’ont pas lieu d’être… d’être pris en charge! Et pour conclure sur notre vécu en PMA, qui s’est terminé au printemps 2013, me laissant complètement à bout de souffle, à terre physiquement aussi bien que psychologiquement, nous avons finalement découvert, à la lumière d’un test qui ne nous avait jamais été proposé jusque-là et que nous nous sommes acharnés à exiger, que même les spermatozoïdes prélevés et congelés avant les traitements de chimio étaient déjà trop atteints par le cancer… Le pourcentage de bris dans la séquence d’ADN de chacun était tout simplement trop élevé pour espérer une grossesse viable… En bref, tout cela pour rien.

Et la violence obstétricale, dans tout ça?

Semble-t-il que le Venezuela soit le premier pays à parler de violence obstétricale, en 2007, qui est définit comme suit dans un article de loi :

 

« L’appropriation du corps et du processus reproducteur des femmes par les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé, appropriation qui se manifeste sous les formes suivantes : traitement déshumanisé, abus d’administration de médicaments et la conversion de processus naturels en processus pathologiques. Ceci entraîne pour les femmes une perte d’autonomie et la capacité à décider en toute liberté de ce qui concerne leur propre corps et sexualité, affectant négativement leur qualité de vie.»[4]

 

Pour ma part, je dois dire que j’aime particulièrement la « définition maison » lu il y a quelques semaines sur le blogue « Marie accouche là » et tenu par Marie-Hélène Lahaye :

« Tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente. »

Et un peu plus loin dans le texte, elle écrit ceci :

« Il ne s’agit pas uniquement d’actes posés, mais aussi de l’attitude du personnel soignant, les mots déplacés qu’il utilise, le manque de respect, l’infantilisation de la femme, la violence psychologique en général. S’ajoutent l’omission et l’abstention qui visent l’absence de réaction ou d’acte face à une demande la parturiente, la négation de son ressenti, la non prise en compte de sa douleur ou de ses besoins ou souhaits particuliers. »

Ce sont ces mots qui ont commencé à raisonner en moi et à me faire douter de la totale innocence de gestes posés et surtout, de paroles tenues à mon égard ou à l’égard de femmes de ma communauté… Et quant au mot « abstention » : puis-je affirmer que l’on s’est abstenu de nous parler du test qui aurait pu, dès le départ, nous donner une base plus solide pour prendre une décision éclairée quant à la réalisation d’inséminations artificielles et de cycles de fécondation In Vitro? L’idée était-elle de commencer par me faire subir des traitements invasifs et coûteux alors que ma fertilité était A1 jusqu’à ce que nous soyons à bout de ressources et que nous découvrions par nous-mêmes l’existence de cet examen? Comment savoir…

Ce que je sais, par contre, c’est que maintenant, je n’ai plus du tout le même regard sur l’industrie, oui, l’industrie de la procréation assistée. Et que cette expérience a également modulé mon regard face à tout l’univers de l’obstétrique… Je me demande même si la question ne devrait pas se poser pour les femmes arrivant à la ménopause… Bien entendu, des infirmières, anesthésistes, médecins, sages-femmes, gynécologues absolument géniaux, j’en côtoie régulièrement. Mais le travail de ces perles peut-il suffire à étouffer les paroles et actes de certains de leurs collègues?

 

Et vous, avez-vous vécu ou été témoin d’une quelconque forme de violence, dans un contexte d’accouchement ou d’aide à la procréation médicalement assistée?

 

Références utiles :

Stéphanie St-Amant, docteure en sémiologie, chercheuse, consultante experte en périnatalité

https://stephaniestamant.com

Fédération des centres d’assistance et d’accompagnement aux plaintes (FCAAP)

http://fcaap.ca/

Collège des médecins du Québec, formulaire de plainte

http://www.cmq.org/page/fr/formulaire-plainte.aspx

Regroupement Naissance Renaissance (RNR)

http://naissance-renaissance.qc.ca/

Groupe MAMAN

www.groupemaman.org

NASCI

http://nascibiomed.com/

[1] SMAR : Semaine mondiale de l’accouchement respecté, qui cette année aura lieu du 16 au 22 mai 2016.

[2] Procréation médicalement assistée.

[3]

[4] Maternité et inégalités : réalité indissociable mais occultée : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/148615.pdf

Un modèle de périnatalité sociale : La Maison Bleue

Isabelle Brabant

Par Isabelle Brabant, sage-femme et auteure

Texte paru originalement dans «Le Mouton Noir», 17 juillet 2014 (http://www.moutonnoir.com/2014/07/un-modele-de-perinatalite-sociale/)

 

Automne 2002 : une vilaine fracture à la cheville me retient chez moi quatre longs mois à ne rien faire. Ou presque. Car j’ai le temps de réfléchir, de rêver même. Je suis alors sage-femme depuis 23 ans, dont 8 à la Maison de naissance de Côte-des-Neiges. La profession sage-femme est nouvellement légalisée, la première cohorte de jeunes diplômées sortira bientôt de l’Université du Québec à Trois-Rivières, la profession fait sa place dans le système de santé. Voilà que me vient à l’esprit (alors que je ne cherche rien en particulier) l’idée de rejoindre des femmes qui ne cherchent PAS les services d’une sage-femme. Des femmes qui ne connaissent pas notre pratique, notre existence même ou qui n’y voient pas d’intérêt pour elles. Surtout des femmes qui ont d’autres chats à fouetter, qui sont parfois dans la survie, qui ont, en tout cas, tant de problèmes dans leur vie qu’il y a peu ou pas d’espace pour aspirer à une grossesse qui les remplirait de joie, à un accouchement qui les rendraient fières d’elles-mêmes, à l’accueil dont elles auraient pu rêver pour leur tout-petit.

 

Quand la vie est trop dure, il arrive qu’une grossesse soit la « goutte qui fait déborder le vase ». L’arrivée d’un bébé n’est plus une joie, mais un problème de plus. Malgré tout leur courage. On peut comprendre pourquoi, dans ces conditions, l’attachement avec l’enfant ne se fait pas toujours bien. Il est précaire, fragile, quelquefois anxieux, troublé, bref, détourné de cet amour inconditionnel et serein dans lequel les petits grandissent bien. Je devine ou plutôt je sens, très profondément, combien l’approche des sages-femmes pourrait être précieuse auprès de ces femmes, par le temps et l’importance que nous accordons à la relation, par la confiance que nous avons dans la force et la compétence des femmes à mettre au monde leur petit. Dans l’année qui suit, je cherche comment je pourrais créer au CLSC ou ailleurs, un contact avec ces femmes, une collaboration avec les médecins qu’elles consultent… mais les temps ne sont pas mûrs et rien de concret n’en ressort.

 

Quand Vania Jimenez, médecin de famille, et sa fille Amélie Sigouin, intervenante en petite enfance, fondent la Maison Bleue en 2007, elles rêvent aussi. Elles rêvent de mieux rejoindre et soutenir ces femmes en situation de vulnérabilité qui, malgré leur courage, n’arrivent pas toujours à rassembler autour d’elles les ressources nécessaires pour que leur enfant naisse et grandisse dans des conditions favorisant son plein développement. Un noyau de « rêveurs passionnés » se forme autour d’elles, au sein duquel la place d’une sage-femme s’impose, évidente, essentielle. Je fais partie de la toute première équipe et nous « inventons », à mesure, une autre façon de travailler.

 

Ensemble, nous avons entrepris de créer autour de ces femmes et de leur famille tout un «village» d’entraide, un réseau de soutien composé de professionnels de la santé et des services sociaux (médecins de famille, sage-femme, infirmière, travailleuse sociale, éducateur spécialisé, psycho-éducateur), de doulas, de thérapeutes et de bénévoles. D’abord établie dans le quartier Côte-des-Neiges de Montréal, et maintenant dans Parc Extension, la Maison Bleue offre aux femmes enceintes et à leur famille un accueil chaleureux à échelle humaine, dans une petite maison. Les femmes ont vite fait de s’y créer des repères et de « connaître tout le monde ». L’équipe de la Maison Bleue y a mis en place un modèle d’intervention interdisciplinaire qui compte sur la complémentarité des services et la participation des mères et des familles pour tisser les liens qui recréent le village, un mélange d’écoute, de soins, de transmission pour créer ensemble un cercle de sécurité et de plaisir. Nous avons nommé ce modèle : la périnatalité sociale.

 

La sage-femme partage le suivi de grossesse avec les médecins qui viennent faire une demi-journée de consultation par semaine. Par sa présence quotidienne, elle répond aux inquiétudes, rassure, explique, éclaire, valide l’expérience et le bagage culturel de chacune. Tous les intervenants de la Maison Bleue croient dans l’extraordinaire potentialité de transformation autour de la naissance et de la petite enfance et partagent la joie de ce bébé qu’on attend. Mais la sage-femme est la seule qui ne s’occupe que de cette étape de la vie. Dans une même visite, une femme peut voir l’infirmière pour l’ainé qui fait un peu de fièvre, rencontrer la travailleuse sociale pour discuter de sa situation et passer voir la sage-femme…. « juste pour écouter le coeur », pour qu’on la rassure que tout va bien. Pour être deux à s’émerveiller. Pour replacer la grossesse au cœur même du magnifique projet humain de donner la vie, peu importe les difficultés autour. Les femmes repartent plus légères que lorsqu’elles sont arrivées. Le « vase » qui débordait s’est un peu vidé. Ensemble, nous avons ouvert et adouci l’espace disponible pour le bébé. La majorité des femmes accouchent avec le médecin à l’hôpital, mais certaines, en cours de route, choisissent d’accoucher avec une sage-femme, à la Maison de naissance. Mais toutes ont bénéficié de la présence d’une sage-femme autour de la naissance de leur bébé. C’est exactement de ça dont je rêvais !

 

Les études ont démontré hors de tout doute que la prévention à l’enfance et aux familles la plus efficace commence dès la grossesse. Les sages-femmes ont un rôle important à y jouer. Le projet de la Maison Bleue, avec sa structure hybride et son approche unique, propose un modèle qui pourrait être adapté aux besoins de toutes les communautés du Québec.

Pour en savoir plus sur la Maison Bleue

Pour suivre Isabelle Brabant, auteur du livre « Une naissance heureuse »

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L’empowerment en période périnatale : tremplin pour guérir de ses blessures? Agressions à caractère sexuel et reprise de pouvoir dans la maternité

Par Claudine Jouny, Conseillère au CA du Regroupement Naissance-Renaissance, Enseignante en soins infirmiers en périnatalité au cégep du Vieux-Montréal , féministe, membre du Groupe MAMAN

Texte paru originalement dans le MAMANzine, vol. 19, no1, oct. 2015

Claudine, terre glaise

Sculpture réalisée par l’auteure *

En 1997, j’ai accouché à mon domicile, accompagnée de mon amie et accompagnante à la naissance et d’une sage-femme. À cette époque, l’accouchement à domicile n’était pas légal. Des maisons de naissances existaient, mais sous forme de projets pilotes et pas dans la région de Trois-Rivières où je résidais. C’est en 1999 que la profession sage-femme est née au Québec. Cette naissance fut le début d’une grande transformation.

 

Mon témoignage aujourd’hui est un cri du cœur, un hymne à mon pouvoir de femme et, qui aujourd’hui, m’a permis de traverser une autre tempête : un état de stress post-traumatique2.

 

Diagnostiqué en décembre 2014, tsunami psychique résultant d’attouchements sexuels dans ma petite enfance, de ma mère, de prêtres, amis de la famille, de mon professeur au primaire, d’un viol conjugal lors de ma première expérience sexuelle et de violences sexuelles et conjugales durant 15 ans, je commence à reprendre ma vie en main, ma vie de femme, ma vie de mère.

 

Je ne vous partagerai pas le témoignage de mon accouchement, mais plutôt le récit de l’origine de mes blessures, du processus thérapeutique psychique que je viens de vivre et du chemin parcouru. En guise de conclusion, je souhaite ouvrir le dialogue avec vous afin d’initier un changement social, une reconnaissance de ces violences et des besoins que ces personnes ont d’être reconnues, entendues, accueillies… pour guérir. Mais je vous invite, individuellement et collectivement, à dénoncer la violence quelle qu’elle soit, la culture du viol, la culture du silence, dans tous les rapports d’humain à humain.

 

Je suis de celles qui, en novembre 2014, ont dénoncé sur les réseaux sociaux (twitter) les agressions que j’ai vécues. (mot-clic : AgressionsNonDénoncées)1 C’était un geste impulsif, irréfléchi, inconscient (?), puisque je n’avais pas de souvenirs francs, juste des doutes, impressions, intuitions… , de ce que j’avais vécu.

Née de l’échec de la méthode Ogino (contraception par abstinence sexuelle périodique), non désirée mais aimée (selon les dires de mes parents), troisième fille d’une famille de quatre filles (mes parents auraient souhaité un fils) et un mois après le décès du père de ma mère, dans une période monochromique familiale (mes photos de bébé sont en noir et blanc, signe de deuil), j’ai grandi dans un milieu ouvrier, catholique pratiquant et isolé de la campagne française, loin de tout.

 

Ma mère ayant sombré dans une dépression postnatale, épuisée d’avoir eu trois grossesses en moins de 3 ans et en deuil de son père trop hâtivement parti (d’une maladie dégénérative foudroyante : la sclérose latérale amyotrophie ou maladie de Lou Gehrig), j’avais très peu de souvenirs de ce lointain passé. Mais en revanche, je me souviens… d’avoir dénoncé auprès de mes parents les gestes déplacés que me faisaient vivre deux amis prêtres de la famille. Je ne me suis pas sentie entendue et comprise. J’avais trop d’imagination, cela n’était pas possible. Je me faisais des idées.

 

J’ai enfoui dans ma psyché ces souvenirs, par survie, par protection.

 

À l’adolescence, j’ai vécu des rencontres amoureuses, somme toute décevantes, empreintes de patriarcat dans une société française post-soixante-huitarde. Puis vint le grand amour. Il était 2 ans mon ainé, j’avais très peur de la sexualité, mais l’éveil au désir sexuel était bien présent et était mêlé de dégout, de confusion (oui, mais…) je ne comprenais pas réellement ce que je vivais, mes souvenirs d’agressions étaient occultés.

 

Puis mon amoureux, un soir de mai 1986, me viola. Avant l’agression, j’ai protesté, répondu que je ne me sentais pas prête, le repoussait physiquement. Rien n’y fit, et je compris que résister n’était certainement pas la meilleure alternative pour échapper à mon sort. J’ai figé et dissocié : je n’étais plus dans ce corps, mais détachée de lui. J’observais la scène sans comprendre et sans ressentir la douleur physique, anesthésiée. J’ai eu très peur d’être blessée, j’ai aussi pensé que j’allais mourir… de honte, de culpabilité ou que réellement lorsqu’il aurait eu terminé sa petite affaire, je mourrais de chagrin. Je l’aimais, d’un amour biaisé, d’un amour connu : ma mère m’ayant aimé de cet amour, sans tendresse, sans caresse (j’en étais avide) d’un amour faux, d’un amour qui fait mal, d’un amour qui détruit, d’un amour qui prend sans redonner. D’un amour à un sens unique. J’étais une proie facile…

 

J’ai poursuivi ma relation avec cet homme pendant 15 ans, sous son emprise, isolée, détruite par en dedans.

 

Et la maternité arriva et me transforma.  Je repris le pouvoir sur mon corps sur ma vie.

Au moment de ma séparation, j’ai dénoncé et dit à mon agresseur toutes les violences que j’avais reçues. Il m’a écouté, calmement, et il a pleuré…

J’avais commencé un processus thérapeutique à ce moment-là. Mais les violences subies dans ma petite enfance sont restées occultées. Probablement que je n’étais pas prête psychiquement à y faire face…

 

Trois années ont passé et j’ai fait la rencontre d’un homme, mon conjoint d’aujourd’hui. Je m’étais reconstruite, j’avais changé de travail, j’avais un cercle d’amies dans le milieu communautaire en périnatalité, et enfin je m’aimais, je me sentais aimée et respectée. La crainte de revivre la même relation empreinte de violence m’a taraudée. J’étais méfiante au début, mais petit à petit, j’ai repris confiance en moi puis en lui. Nous formons un couple depuis plus de 7 ans.

 

C’est avec lui que j’ai vécu mon état de stress post-traumatique. C’est dans la sexualité qu’il a commencé son expression. Puis dans mes relations personnelles, professionnelles et enfin sociales.

 

Après avoir dénoncé sur twitter, j’ai commencé à avoir des flash-back2, rêves éveillés que j’allais être violée… par mon conjoint… que j’allais mourir, expression de ma souffrance des nombreuses violences que j’avais subies enfant, adolescente et adulte. Je ne parvenais plus à avoir une image claire et bienveillante de la vie.

 

Ayant de bonnes personnes autour de moi, collègues de travail, amies de plusieurs années, elles m’ont fait du reflet, du recadrage et j’ai fini par aller chercher de l’aide. Les CALACS ont été ma première ressource. Après mon dernier cours (j’enseigne aujourd’hui au niveau collégial), je me suis écroulée en larmes dans mon bureau et j’ai cherché sur Internet leur numéro de téléphone. Un organisme communautaire intervenant auprès des femmes vivant ou ayant vécu des agressions sexuelles ou de la violence conjugale m’a été référé. Puis grâce au service d’aide aux employés, j’ai eu des séances gratuites en psychothérapie avec une sexologue qui m’a diagnostiquée en état de stress post-traumatique.J’ai alors poursuivi par choix une thérapie EMDR3 (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). C’est avec cette thérapie que mes souvenirs sont remontés. J’ai pu me reconnecter à mes souvenirs enfouis, mes émotions bloquées lors des violences subies dans ma petite enfance.

 

Je poursuis encore avec un groupe de soutien de femmes ayant vécu des agressions sexuelles (viol, inceste, attouchement sexuel, etc.) et c’est grâce à ce groupe que je brise le silence, que je me reconstruis. Nous nous comprenons, nous sommes toutes à l’étape de conscientisation de nos vécus. Nous ne nous jugeons pas, nous sommes empathiques, nous partageons nos blessures. Nous nous sentons comprises, entendues, écoutées et partageons nos démarches, nos actions que nous posons afin d’accepter nos vécus et vivre avec, pour en faire quelque chose… de bien dans nos vies.

 

Mon propos est de transmettre l’espoir. Retrouver une sérénité, une paix avec moi-même, facilité par mon expérience de reprise de pouvoir que j’ai réalisé dans ma maternité. J’ai toujours gardé un espoir de passer à travers les épreuves de la vie, j’ai toujours cru en moi et en l’humain. J’ai encore beaucoup de chemin à faire, mais je suis confiante en l’avenir.

 

Je souhaite aussi initier un appel à tous, femmes, hommes, afin que nos lèvres se délient, afin que nos oreilles écoutent, que nos cœurs s’ouvrent, que nous, les humains, nous démontrions empathie et compassion afin que toute personne souffrante se sente écoutée, entendue et comprise.

 

Car pourquoi briser le silence si personne ne nous écoute ???

 

Comme l’énonce Pattie O’Green dans son recueil de slam «Mettre la hache», aux Éditions du remue-ménage4, et dans son blogue5, le contrecoup du mot-clic AgressionsNonDénoncées au Québec fût l’émergence de demandes d’aide dans les CALACS, de logorrhées dans les médias, de diseurs d’opinion, de lettres d’opinion et de leurs commentaires haineux, violents envers celles et ceux qui ont participé à cette vague, révélant une culture du viol et de violence, révélant une grande incompréhension et un ostracisme encore plus grand de celles et ceux qui ont courageusement dénoncé. Je vous invite donc à un dialogue, à des échanges autour de vous avec vos amies et amis, vos collègues, vos enfants, petits et grands à échanger sur le respect, la communication non violente, l’empathie, la compassion, mais aussi sur ces réalités contemporaines qui sont la culture du viol et la culture de la violence…

 

 

*Sculpture réalisée en glaise, en juin 1998, 6 mois après la naissance de mon enfant.

Note : À l’orée de mon vagin, passage obligé de l’enfant à naitre, les blessures du passé se sont réveillées au moment de mon accouchement. Bien accompagnée, j’ai vécu la naissance positivement et sereinement. Un élément de ma sculpture est disparu (je l’ai cherché en vain!) il s’agissait d’un socle, phallique, révélant le viol, refoulé.

 

  1. http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/11/05/004-agressions-non-denoncees-campagne-federation-femmes-quebec-twitter.shtml
  2. 2http://www.fondationdesmaladiesmentales.org/la-maladie-mentale.html?t=2&i=7
  3. https://emdrcanada.org/fr/emdr-definie/
  4. http://www.editions-rm.ca/livre.php?id=1666
  5. https://patty0green.wordpress.com/2015/03/17/achete-toi-un-ogreen/

 

La violence obstétricale, une violence systémique ?

Par Mariane Labrecque, étudiante à la maîtrise en service social, Université de Montréal

La version originale est parue dans la revue «Le Mouton Noir», le 17 juillet 2014 (http://www.moutonnoir.com/2014/07/la-violence-obstetricale/)

 

Selon le Regroupement Naissance Renaissance, «En Amérique du Nord, au 21e siècle, des milliers de femmes témoignent chaque année de souffrances et d’effets de violence vécus lors d’accouchements». En effet, le contexte social nord-américain de surmédicalisation des naissances expose, selon nous, les femmes à une violence systémique. En 2007, le Venezuela a été le premier pays à nommer ce phénomène dans un article de loi. La «violence obstétricale» n’est pas un terme qui est socialement reconnu au Québec, mais ce n’est pas parce que cette violence n’existe pas ici. Selon la définition vénézuélienne il s’agit de «l’appropriation du corps et du processus reproducteurs des femmes par les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé, appropriation qui se manifeste sous les formes suivantes : traitement déshumanisé, abus d’administration de médicaments, et la conversion de processus naturels en processus pathologiques. Ceci entraîne pour les femmes une perte d’autonomie et la capacité à décider en toute liberté de ce qui concerne leur propre corps et sexualité, affectant négativement leur qualité de vie.»

Les pratiques obstétricales actuelles sont vécues comme de la violence par plusieurs femmes, et on en parle de plus en plus. Le magazine féministe « Planète F» signait récemment un excellent dossier« Bébés en santé, maman violentée? » On y dénonçait que « des pratiques obstétricales courantes dans les hôpitaux du Québec contreviennent aux guides de pratique des associations professionnelles, aux preuves scientifiques, au code de déontologie de la médecine, à l’éthique médicale, et même au Code civil ».

Par exemple, des interventions obstétricales pratiquées de façon routinière par le personnel du milieu de la santé peuvent être violentes, sans même que ce soit volontaire, ni conscient, de la part du personnel. Attardons-nous un instant à quelques interventions pratiquées de façon routinière. Saviez-vous que la pire position pour accoucher est sur le dos, en position dite «gynécologique» ? Pourtant, selon une enquête de l’Agence de la santé publique du Canada publiée en 2009, plus de 70 % des femmes québécoises vont accoucher les pieds dans les étriers. Pourtant, instinctivement, à moins d’être faible, fatiguée ou malade, une femme ne s’allongera que très rarement dans cette position. Selon plusieurs études, la position gynécologique est une position très inconfortable, douloureuse et qui allonge la durée du travail. La raison : elle affecte le débit sanguin dans l’utérus, ce qui peut mettre en danger le déroulement de l’accouchement. La position gynécologique réduit aussi l’intensité des contractions et gêne donc l’évolution du travail. Les positions debout et couchée sur le côté sont associées à une intensité et une efficacité supérieures des contractions. On se demande alors pourquoi cette position douloureuse a été systématisée dans le milieu médical. Des chercheurs avancent l’hypothèse selon laquelle la position couchée a été adoptée par le milieu médical tout simplement parce que c’est la position la plus confortable pour le personnel soignant et qu’elle facilite les interventions, telles que les touchers vaginaux, la pose du moniteur, l’insertion de soluté et autres.

Un autre exemple de pratique courante qui est contraire aux données scientifiques concerne les touchers vaginaux. Durant l’accouchement, de nombreuses personnes – médecins, résidents, nouveau personnel – vont généralement insérer leurs doigts dans le vagin de la femme en travail et ce, à de nombreuses reprises. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé recommande de minimiser le plus possible les touchers vaginaux. Dans « Routine vaginal examinations for assessing progress of labour to improve outcomes for women and babies at term», les auteurs Downe, Gyte, Dahlen et Singata s’étonnent qu’une « intervention soit utilisée de façon aussi systématique sans aucune preuve de son efficacité, particulièrement considérant la nature « sensible » de la procédure pour les femmes qui la reçoivent et le potentiel de risques dans certaines circonstances, comme l’accouchement ».  Si on ignore si la technique est efficace, on connaît en revanche très bien les effets néfastes : ralentissement ou arrêt de la progression du travail, risques accrus d’infections, risques de rupture accidentelle des membranes, inconfort, détresse psychologique.

Le monitorage foetal pose également problème. L’appareil utilisé est habituellement installé à la femme, avec pour objectif de surveiller le rythme cardiaque du bébé, et ce dès le début de son travail. Toutefois, il est démontré qu’il y a une incidence marquée de «fausse lecture» de l’appareil. Cette intervention a également pour effet de restreindre les femmes dans leurs mouvements. Or, la possibilité de se mouvoir est une des conditions essentielles au bon déroulement d’un accouchement physiologique. L’utilisation du moniteur est souvent l’excuse pour confiner les femmes au lit puisqu’une fois celui-ci installé, il n’est plus possible de bouger. Pourtant, depuis les années 1980, des études démontrent que « le travail peut être ralenti par la combinaison de l’inactivité et de l’anxiété générés par la pose de l’appareil, et ce ralentissement peut en conséquence mener à des interventions obstétricales pour accélérer le travail ». Selon un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) publié en 2012, le monitoring foetal ne devrait pas être utilisé de façon systématique. Pourtant, la pratique persiste.  Plusieurs autres interventions obstétricales telles que l’induction, l’épisiotomie, et d’autres encore posent problème. Il importe de se questionner face à l’utilisation de ses interventions, puisqu’elles ne sont pas anodines et peuvent être traumatisantes pour les mères et avoir un impact négatif sur l’expérience d’accouchement.

Si vous voulez plus d’information sur vos droits, l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) publie le dépliant «Grossesse et accouchement – Droits des femmes». On peut aussi contacter le Regroupement Naissance Renaissance (RNR), le Réseau québécois pour la santé des femmes (RQASF) ou le Groupe MAMAN pour obtenir plus d’information sur les droits reliés à l’accouchement et sur l’humanisation des naissances en général.

 

Description du projet de maîtrise de Mariane Labreque

J’effectue présentement une maîtrise de recherche en service social à l’UDM. Ce projet de recherche vise à documenter les expériences négatives des mères qui accouchent en milieu hospitalier, ainsi que d’en identifier les éléments qui ont contribué à en faire un évènement difficile. L’objectif sera également de déterminer, à travers l’expérience de ces femmes, si le milieu hospitalier est producteur d’un système qui favorise une violence systémique envers elles. Nous emprunterons l’explication suivante : «Structural violence is often embedded in longstanding “ubiquitous social structures, normalized by stable institutions and regular experience». La question de recherche est la suivante : Les expériences négatives d’accouchements en milieux hospitaliers, sont-elles symptomatiques d’une violence systémique?

Les objectifs spécifiques :

  1. Déterminer les éléments qui peuvent s’apparenter à de la violence systémique dans l’expérience d’accouchements des femmes en milieu hospitalier.
  2. Est-ce que les femmes perçoivent les évènements vécus comme de la violence ?

Bien que cet article ne fasse état que des violences qui sont représentées par les interventions obstétricales abusives, la violence obstétricale est un phénomène plus vaste, qui englobe le non-respect des droits de l’individu, l’absence de consentement éclairée, la violence verbale et la psychologique. Le fait que plusieurs femmes se sentent complètement annihilées lors de l’expérience de l’accouchement peut être un signe que des violences obstétricales ont eu lieu. Il est également important de mentionner que si cette recherche documente l’expérience de mères en milieu hospitalier, cela ne signifie pas que les maisons de naissances ou la pratique sage-femme sont exemptes de violences obstétricales.

L’éternel tango de l’accouchement. Bilan d’une historienne engagée.

Extrait d’un texte d’Andrée Rivard, Ph.D. en histoire, chargée de cours à l’UQTR

La publication originale et intégrale de ce texte se trouve dans le MAMANzine , vol. 19, no1, oct. 2015, pp.7-8.

 

Ce qui me marque le plus lorsque j’observe ce passé, c’est le temps infini qu’il a fallu mettre pour franchir un pas, puis un autre, avant d’en arriver où nous en sommes, c’est-à-dire atteindre un maigre 3% de femmes enceintes qui ont accès à une sage-femme alors que, selon les sondages, le quart des femmes en âge de procréer souhaitent accoucher ailleurs qu’à l’hôpital. Juste 3%. Jusqu’à la publication de mes propres recherches, les divers observateurs et observatrices avaient pris l’habitude (et même les chercheurs du milieu académique, faute de travaux scientifiques leur permettant d’affirmer autre chose) de faire remonter aux années 1970 la résistance des Québécoises à l’égard du modèle médicalisé de l’accouchement. Pourtant, c’est beaucoup plus tôt, dès les années 1950, avec le transfert quasi-obligé de l’accouchement du domicile vers l’hôpital, où s’est affirmé le nouveau modèle axé sur la gestion active de l’accouchement, que des femmes ont commencé à y résister. Cette résistance était plus ou moins visible car elle se passait dans la relation privée femme-médecin. De plus, elle n’a pas eu de retentissement médiatique comparable aux échos qu’auront durant les années 1970 et 1980, chaudes années du féminisme, les vives dénonciations relatives aux difficiles conditions de l’accouchement de l’époque. Cette conscience que j’ai acquise à l’égard d’une très longue durée d’attente et de patience de femmes me rend particulièrement fébrile et pressée. Je me sens de plus en plus indignée et fâchée face à une situation où l’immobilisme m’apparaît être savamment entretenu. « Fâchée », oh le gros mot ! En ce monde où il semble qu’on doive toujours être positives, réfléchie, « posée », quand on veut être prises au sérieux, la colère –débordement émotif irraisonné – est rarement bien accueillie. Pourtant, elle permet de regarder les choses bien en face et de brasser un peu ses semblables : « Allez les femmes, c’est le temps de prendre conscience de la réalité des choses ! C’est là, tout de suite, qu’on doit exiger le respect puisqu’on ne nous l’offre pas comme s’il allait de soi ».

(Je vous préviens, je continue avec des choses pas disables car, c’est bien connu, on n’a pas le droit au Québec de critiquer les médecins). Ce que j’observe, c’est que depuis plus de 60 ans, il existe une caste patriarcale de médecins qui oriente très fortement la culture de l’accouchement, au sein même d’une société qui se dit pourtant égalitaire et où la plupart des femmes se prétendent libérées. Il est vrai qu’une telle affirmation est injuste à l’égard des médecins, hommes et femmes, qui se sont montrés critiques à l’égard de la pratique obstétricale. Ces médecins sont connus pour leurs idées progressistes et ils ne se sont pas gênés pour les dire et agir dans la mesure de leurs moyens. Ils sont généralement connus des militantes (André Lalonde, Michael Klein, Vania Jimenez, Guy-Paul Gagné et d’autres). Mais voilà : si leurs noms sont si connus c’est qu’ils représentent une exception. C’est là que le bât blesse. Et des exceptions, il y en a toujours eu, elles sont de tous les temps. Le grand problème, c’est la majorité qui ne change pas, ou si peu, ou si lentement que l’on peut parler d’une quasi-immobilité dans le monde obstétrical. On avance un peu d’un côté, puis on recule de l’autre, comme dans un tango (comme tout le monde le sait, ce n’est jamais la femme qui mène dans un tango, elle est plutôt éblouie et subjuguée par ces bras qui la conduisent avec assurance et souplesse…). Ce qui a changé, c’est uniquement la manière d’exercer l’autorité, de plus en plus subtilement. En passant, une autorité doit son efficacité à l’absence de coercition, à l’inutilité de toute justification de la part de celui ou de celle qui l’exerce, elle apparaît comme naturelle et évidente, c’est là toute sa force. L’autorité médicale s’exerce non seulement dans le rapport particulier de la femme avec son médecin, mais aussi dans le monde politique, dans les structures et dans les coulisses, du côté officiel et du côté non-officiel, elle apparaît dans la colonisation de gestionnaires et d’intervenants (qui tirent avantage d’être du côté du plus fort). La variété des moyens, la subtilité et la complexité de l’exercice du pouvoir permettent de contenir les forces progressistes et de ralentir le rythme des avancées attendues et annoncées. Tout cela, on évite de le dire trop haut car on a l’air de diaboliser ou d’être paranoïaques (cette tactique discursive destinée à discréditer la victime a fait ses preuves d’efficacité).

Et que dire de la violence obstétricale ? Ce problème, qui dure depuis très longtemps, s’est intensifié à partir du moment où l’hôpital est devenu le principal lieu de l’accouchement. Ces données sont de mieux en mieux documentées (tout le monde sait ce qui se passe, mais étant donné que pour convaincre et faire bouger, les recherches scientifiques sont indispensables…). J’ai moi-même fournit une assise historique à cette question pour le Québec. D’autres l’ont documenté pour la période actuelle (ou sont en train de le faire), tant au Québec qu’à l’étranger. Quand on envisage cette question dans une perspective historique, ce qui frappe le plus c’est de constater la réaction bien différente de la génération de femmes qui a accouché durant les années 1970 et 1980 par rapport à la plus jeune. Si la première l’a dénoncée haut et fort, la jeune génération est presque silencieuse sur le sujet. Actuellement, les dénonciations viennent surtout des chercheuses et des militantes. Cela me donne l’impression de vivre durant les années 1940, au temps où la vertu féminine s’exprimait dans le « plaire ». Les jeunes femmes paraissent soucieuses de ne pas heurter leur médecin et l’équipe qui l’entoure. Avoir subie des rudesses (justifiées par la nécessité, le manque de temps, l’urgence ou la fatigue, comme de raison), avoir dû supporter des douleurs évitables ou s’être senties indument influencées pour accepter telle ou telle intervention, sont bien peu de frustrations si on les compare à la satisfaction d’accueillir un enfant en santé, n’est-ce pas ?  Comme le soulignait récemment la journaliste Francine Pelletier, « la relation des femmes à leur corps n’a jamais été aussi compliquée, ni aussi douloureuse ».[1] Cette question de la violence entourant l’accouchement est à mettre en perspective avec la violence sexiste systémique à l’égard des femmes qui ne semble pas reculer. Elle devient juste un peu plus subtile, elle aussi… Cette violence entourant l’accouchement est d’autant plus insidieuse qu’elle n’est pas disable (encore !). Elle ne fait pas partie de nos représentations de la violence car elle est associée à un moment heureux de la vie. La dire, c’est un peu renier son enfant et se montrer bien peu reconnaissante à l’égard des soignants (nécessairement) consciencieux et empressés. Le scénario reste le même : on évite de nommer l’agression et l’agresseur, intouchable parce qu’il est le patron, la vedette admirée, le prof, le dévoué député …ou le « bon » docteur.

Ce qui vient empirer la situation, c’est que ces années-ci on a affaire à une génération de femmes qui a de plus en plus peur d’accoucher. Nombreux sont ceux et celles qui l’ont observé. Les jeunes femmes ont une propension particulière à intérioriser les scénarios de peur, de sorte qu’elles sont portées à accepter ce que la médecine obstétricale leur « propose ». Surtout, elles ne veulent pas savoir. Dans mon cinéma intérieur, je les vois se fermer les yeux puis les bander avec du ducktape en ayant pris soin au préalable de disposer des pièces de deux dollars dans leurs orbites pour être certaines de ne pas entrevoir les monstres tous plus effrayants les uns que les autres qui les menacent, laissant à leur superhéros préféré doté de pouvoirs extraordinaires, le soin de combattre pour elles. Ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de constater que le fait d’acquérir de nouveaux savoirs par rapport à l’accouchement rend les jeunes femmes enceintes très anxieuses, surtout lorsqu’elles anticipent que ces connaissances seront critiques. Elles ne veulent surtout pas être amenées à douter de l’infaillibilité médicale et à réaliser qu’un accouchement médicalisé peut avoir des effets défavorables, qu’il ne représente pas un progrès pour toutes et que le risque zéro est une illusion. Bref, la confiance qu’elles ont dans leur capacité d’accoucher par elles-mêmes est vraiment à plat quand on la compare à bon nombre de leurs aînées.

Je termine sur une note d’espoir …puisqu’il le faut bien. Actuellement, mon espoir réside dans cette renaissance du féminisme que voit poindre Francine Pelletier. Cette flamme qui brille, je la vois quand je me retrouve devant une classe d’étudiantes sages-femmes qui ont du cœur au ventre, de l’originalité, le sens de la relation et qui n’ont pas nécessairement envie de se ranger (aucune profession ne devrait se permettre de manquer d’autocritique, c’est ce qui la porte en avant et la rend réellement utile). Mon espoir est aussi dans ces femmes intelligentes et passionnées qui permettent au Groupe MAMAN de durer. Il est également dans ces femmes qui ont décidé (ou qui décideront) de ne plus avoir peur de savoir (et qui contamineront peut-être celles qui les entoure), il est dans celles qui n’ont pas peur d’accoucher en comptant d’abord et avant tout sur leurs propres forces et qui le disent haut et fort. J’aime penser que la force du féminisme et celle de chacune des femmes (mère ou pas) prend ses racines dans cette confiance fondamentale d’être capable d’accoucher par soi-même. En fait, je suis prête à en faire le pari !

Livre Andrée Rivard

Andrée Rivard est l’auteure du livre «Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne» paru aux Éditions Remue-ménage en 2014.

Pour suivre Andrée Rivard :

Twitter : @ARIVARDhisto

Page Web : https://uqtr.academia.edu/Andr%C3%A9eRivard

Revue de presse de son livre : http://www.editions-rm.ca/livre.php?id=1605

 

Pour se procurer le MAMANzine : http://www.groupemaman.org/fr/actualites/mamanzine-2015-edition-speciale-20e-anniversaire-590

 

[1] Second début : Cendres et renaissance du féminisme, Montréal, Atelier 10, 2015, p. 50.

Ces fantômes dans l’intime des mères

Par Alice Trépanier, doctorante en psychologie et consultante périnatale.

Image blogue Alice Trépanier

 

Des récits d’accouchements non respectés dans ma pratique en périnatalité, j’en ai entendu souvent. Ce n’est pas exceptionnel, loin de là. C’est tristement ordinaire en fait. (Des récits de naissances respectées j’en ai entendu aussi, mais ce n’est pas le sujet de ce texte.) La violence obstétricale consiste en un manque de respect des femmes ou des maltraitances et abus à leur égard. Ce type de violence se situe sur un large spectre. Ce peut être, par exemple, une atteinte à l’autonomie des femmes, au respect de leurs choix, aux processus physiologiques entourant la naissance, un traitement déshumanisé, condescendant, infantilisant, une absence de consentement libre et éclairé, de la violence verbale, psychologique ou physique. C’est une violence systémique et le plus souvent non intentionnelle.

 

Que ce soit lors d’un avortement spontané (fausse couche), d’un accouchement vaginal ou par césarienne, les récits d’accouchement mettent souvent en lumière une souffrance psychologique. Parfois, cela se manifeste en après coup par de l’anxiété et une humeur déprimée, d’autres fois, il en va jusqu’à un état de stress post-traumatique, autres troubles anxieux ou une dépression post-partum. Les femmes peuvent aussi le vivre sous la forme d’une angoisse plus diffuse. Le plus souvent, c’est une entaille dans le sentiment de valeur personnelle et de compétence maternelle ainsi qu’une réactivation des blessures et traumatismes passés. Fréquemment, cela perturbe l’amorce de la relation mère-bébé et peut laisser des traces par la suite aussi. La violence obstétricale est une des racines de ces souffrances.

 

Le plus déplorable est que les femmes se retrouvent souvent avec un grand sentiment de solitude, de honte ou de culpabilité à la suite de leur accouchement. Elles se trouvent à prendre sur elles l’odieux de cette culture de violence obstétricale. Elles intériorisent souvent en silence ce manque de respect physique ou psychologique, se sentant diminuées, ou carrément «mauvaises». Cela les heurtant plus profondément dans leurs propres fragilités. Les violences obstétricales se produisent durant la période périnatale, mais ces traumatismes sont encore vivants et actifs plus tard dans le vécu de certaines. Ces violences deviennent parfois des fantômes hantant la vie de ces femmes, une présence invisible et perturbante qui s’immisce dans leur relation à leur famille et dans leur rapport à elles-mêmes et au monde.

 

La situation peut être tellement imposante et souffrante dans l’immédiat que cela pousse certaines femmes à aller chercher de l’aide. Mais bien souvent, c’est seulement plus tard, au détour de l’exploration de leur vécu d’accouchements antérieurs en thérapie, par exemple, ou en vivant un accouchement différent, que ces femmes réalisent la souffrance qu’elles portent depuis tout ce temps. Et d’autres fois, elles ne sont pas conscientes de la violence dont elles sont survivantes tellement elle est banalisée dans notre société. Parfois, c’est le cas même si leur accouchement a été hautement violent. Les femmes doivent savoir qu’elles ont le droit d’être respectées dans leurs choix entourant leur accouchement. Elles ont le droit de le vivre dans le respect et la dignité, mais aussi d’être traitées avec sensibilité et bienveillance. Elles ont le droit de rester dans l’empowerment et ce, peu importe le type d’accouchement. Et pour cela, elles ont le droit de savoir en quoi consiste un accouchement respecté.

 

La violence obstétricale, c’est un phénomène de société. Ces fantômes, ce sont ceux de notre culture et de ses perceptions des femmes et de leur corps, de différents enjeux du début de la vie ainsi que du rapport soignant/soigné. Et si l’on faisait une introspection collective? Une thérapie à grande échelle? Prise de conscience et processus de changement inclus! Il faut savoir que malgré son potentiel thérapeutique et libérateur, cela peut être difficile pour certaines femmes de prendre conscience de ce qu’elles ont subi. Ces femmes n’ont pas à porter seules le poids de cette prise de conscience. Elles ont besoin d’entendre un écho de la part des autres femmes et de leur société. Nous avons un paradigme à déconstruire et c’est la responsabilité de tout un chacun. Et au cours de ce cheminement collectif vers des accouchements respectés, je souhaite que chaque femme qui en a besoin ait accès à l’aide psychologique appropriée. Parce que s’il est inacceptable de vivre son accouchement dans la solitude et la détresse, il l’est tout autant d’en porter les souvenirs et les conséquences dans les mêmes conditions.

 

Pour terminer, je salue les initiatives permettant aux femmes de se réapproprier leur vécu d’accouchement en mettant en lumière les violences subies. Il s’agit bien souvent d’une des premières étapes d’un cheminement psychologique par rapport à un accouchement difficile ou traumatique puisque c’est uniquement une fois le vécu des femmes reconnu et légitimé qu’il se crée assez d’espace pour avancer dans le travail psychothérapeutique et dans leur cheminement personnel.

 

Savez-vous ce qui se passe bien souvent quand ces femmes réalisent les violences qu’elles ont subies? Elles me regardent dans les yeux, stupéfaites, et me demandent : «Comment se fait-il que je n’aie jamais entendu parler de la violence obstétricale auparavant? Pourquoi un tel silence?» Alors, s’il vous plaît, parlons-en!

 

 

*Dans ce texte, il est question du vécu de femmes cisgenres, mais aussi de toutes les personnes s’identifiant aux types d’expériences décrites comme les personnes non binaires ou les hommes transgenres vivant une grossesse.

 

 

Alice Trépanier est doctorante en psychologie et consultante périnatale. Elle a accompagné de nombreuses femmes et leur famille dans son travail en périnatalité, que ce soit en psychothérapie, évaluation psychologique, intervention de crise ou pour des consultations périnatales/accompagnement parental, comme travailleuse autonome ou dans le réseau de la santé publique. Elle est également conférencière et formatrice en périnatalité. De plus, elle est mère d’un bambin de trois ans. Vous pouvez suivre sa page Facebook : https://www.facebook.com/alice.trepanier.perinatalite/

 

Accoucher: un moment, parfois interminable, de célébration de la vie et d’humilité devant la beauté de l’humanité qui s’agrandit

Par Anick Desrosiers, chargée de projets – Médecins du Monde Canada

 

Accoucher impose le respect pour le corps des femmes emmenées au bout d’elles-mêmes, jusqu’à leur puissance de faire naître. C’est un moment d’ouverture, autant du corps que de tous les possibles pour un petit être fragile qui vient sacrer, de son premier cri, une famille : la sienne. C’est un moment de vulnérabilité pour tout le monde, et d’intensité, que l’on crie ou que l’on retienne notre souffle. On le sait ou on se l’imagine : la naissance est d’une violente douceur qui commande et demande de la compréhension et du temps. Mais il arrive que parfois, elle soit violence sans la douceur, dépossédante, froide et inhumaine, et pourtant si puissante quand même… de cet enfant guerrier qui nait malgré tout, comme il peut.

 

Reconnaissant la fragilité et la puissance du geste de donner la vie, on s’engage de par le monde dans une lutte toujours inachevée pour que les bébés puissent naitre en santé et que leur mère donne la vie dans la sécurité et la dignité. Il est déplorable de constater que, par manque de ressources, des millions de femmes à travers le monde mènent leur grossesse sans soins essentiels pour elles et leur enfant, et que des pères se voient dépossédés de leur capacité de les protéger, se rendant parfois jusqu’à avoir les bras vides. On s’imagine ces réalités dans des contextes bien différents des nôtres, sous d’autres latitudes. Il y aurait une violence trop immense à imaginer des familles ignorées par les services de périnatalité de nos pays qui prétendent à l’égalité des chances, non ?

 

Pourtant, au Québec, plusieurs femmes et leurs familles marchent seules avec leur ventre rond, sans avoir accès à des soins prénataux. Leurs familles vivent ici en toute légalité, mais se retrouvent souvent précarisées à l’extrême par l’attente interminable d’un statut leur donnant des droits reconnus. Et pourtant elles ont, comme leur enfant, des droits humains, et l’envie de vivre et de prendre leur place dans la société québécoise.

 

Pour plusieurs migrantes à statut précaire, il ne reste que l’urgence pour accoucher, la déshumanisation et des factures de milliers de dollars qui compromettent la capacité de s’intégrer. Il n’y a rien, pas même des lois ou des serments hippocratiques pour les protéger vraiment. Les choix les plus élémentaires, du moins pour les autres femmes, comme celui d’avoir accès à une péridurale pour la douleur, deviennent un luxe qu’on doit négocier cash, sur le moment, entre 2 contractions, avec un professionnel libre de demander plus que ce qu’il obtiendrait pour la même aiguille dans le dos d’une Québécoise. On fait porter à des enfants qui ne sont même pas encore nés l’intransigeance de nos positions politiques.

 

Est-ce qu’on peut penser que le moment de la naissance pourrait être un instant où l’on pose les drapeaux et les préjugés pour permettre à chaque mère de reprendre son souffle après avoir autant donné au monde ? Et à chaque bébé de respirer libre pour la première fois, dans une solidarité humaine de base, qui reconnaît leur droit à la santé ? Espérons que les choses changent et qu’elles le fassent rapidement; il en va de la santé d’enfants à naître. Il en va aussi de la dignité de futurs citoyens, en plus de la nôtre.

 

Violence obstétricale et syndrome d’Asperger

Auteure anonyme

 

Le syndrome d’Asperger m’a emmenée à combattre et à vaincre presque toutes mes dissonances et défis par rapport aux personnes neurotypiques. Deux obstacles se présenteront toutefois toujours : je ne gagnerai jamais contre le fait que mes sensations sont très mal calibrées, et je dois constamment mieux cerner les attentes des autres que je conçois intérieurement comme étant toujours très élevées.

 

Selon le DSM-5, une personne présentant un trouble envahissant du développement en voit les conséquences dans au moins un des trois critères suivants par rapport aux enfants qui sont dits neurotypiques (dont l’acquisition des codes sociaux et de l’expression des sentiments débutent vers l’âge de cinq ans) : 1- des troubles de la communication; 2- des troubles de la socialisation; 3- des atteintes neurosensorielles : une hyper et/ou une hypo sensibilité. De plus, certains symptômes plus ou moins marqués sont présents, tels que des centres d’intérêts restreints, de l’autostimulation, des comportements répétitifs, une routine souvent bien établie et des maladresses physiques et verbales de tout ordre. Comme le fondement de leur logique est le raisonnement, comme elles sont souvent prises à défaut, les hommes et les femmes atteints du syndrome d’Asperger se voient souvent fautifs, mis en échec et en apprennent à se retirer peu à peu de l’univers social.

 

Mon cas a été différent puisque mon diagnostic a beaucoup tardé. Par ailleurs, je vivais dans un stress intense et constant qui a laissé des traces autant sur ma personnalité que sur mon organisme. J’ai connu de nombreuses réussites scolaires et professionnelles, mais n’en ai gardé que quelques amitiés de ces époques. Pour ma part, c’est le fait de devenir maman qui a le plus contribué à mon retrait social. J’ai trouvé une fonction dans laquelle j’étais très à l’aise et par laquelle j’arrivais à être fière de moi. Le reste m’a très peu été important pendant un très long moment, et je prends en main depuis quelques années seulement des obligations spécifiquement sociales qui me permettent de mieux me connaître et de cheminer à travers les autres.

 

Mais à savoir ma grossesse commencée, j’ai tout de suite mis en doute mes perceptions physiques. Comme je ne comprends toujours pas la manière de fonctionner de mon propre corps et que même la simple activité du brossage des dents est parfois ardue, j’avais peur d’échouer en tout. Moi qui avais l’habitude de ne pas savoir être, voilà que j’avais peur d’être prise à défaut et de ne pas savoir « être enceinte ». J’ai même souvent pensé que se trouvait en moi un être intrus dont la naissance se trouverait à être catastrophique, voire, la pire de tous les temps, et que j’en serais la responsable.

 

Je me rassurais chaque fois en m’imaginant à l’hôpital, bien entourée de médecins et d’infirmiers en pleine possession de leurs moyens et savamment capables de m’aider.

 

Mais c’était penser que seul l’accouchement se révélerait être difficile.

 

Devant les médecins, la personne souffrant d’un trouble envahissant du développement a le sentiment de devoir être parfaite. Elle arrivera mal à expliquer ce qu’elle ressent et elle voit bien que les médecins ne la comprennent pas. Elle prend alors l’habitude de très peu se préoccuper peu de sa santé. Dans l’implication que doit avoir un parent pendant sa grossesse, il est essentiel que la maman souffrant du syndrome d’Asperger reçoive beaucoup plus de soutien, de conseils et d’appui.

 

Pendant les huit mois et demi qu’ont duré chacune de mes deux grossesses, j’ai traversé à chaque visite médicale un épisode anxieux qui commençait avant la visite, et qui se terminait quelques jours après. Les questions et anticipations médicales m’effrayaient, mais plus encore, les interventions et les touchers enclenchaient mes mécanismes atypiques de retrait et de silence. J’aurais eu besoin de plus de temps, de plus d’explications et de plus de douceur. J’aurais eu besoin de ventiler bien davantage pour qu’on comprenne mes craintes, la pression face à des attentes imaginées, et pour que j’arrive à mieux ressentir mon corps. Les nausées du début ont perduré jusqu’au matin de mon accouchement.

 

J’ai beaucoup questionné mes amies neurotypiques qui avaient porté des enfants; elles semblaient ressentir le même inconfort que je sentais et vivais de manière quand même très exagérée par rapport à elles.

 

À me seconde grossesse, j’ai beaucoup anticipé ces rendez-vous et le stress était pire autour des dates de ces rencontres médicales. Je suis d’avis qu’il convient de réviser l’attention portée aux mères incommodées par un trouble envahissant du développement. Un des traits de caractère principaux de ces femmes étant la quête de la normalité, il importe de mieux les écouter pour arriver à déjouer les attentes de réussite et les perceptions sensorielles dérangeantes qu’elles ressentent très fortement.

 

Il s’en trouvera, j’en suis convaincue, une plus grande confiance pour elles à devenir mère, des anticipations beaucoup moins dramatiques et les effets du stress d’une grossesse seraient gérés de meilleure manière par chacun des intervenants impliqués.

La pratique sage-femme : appel à la vigilance

Par le Groupe MAMAN, Mouvement pour l’autonomie dans la maternité et l’accouchement naturel (www.groupemaman.org)

 

En 20 ans d’existence, le Groupe MAMAN (GM) a été témoin de la légalisation et de la réglementation de la pratique sage-femme au Québec, une pratique qui évolue au fil des ans et qui n’est peut-être pas aussi « rose bonbon » que le veut la croyance populaire. À ainsi prendre le pouls de la population, le GM constate des écarts importants dans la pratique sage-femme telle qu’elle se présente aujourd’hui.

 

En effet, les règlements relatifs aux consultations et aux transferts de responsabilité clinique portent atteinte à l’autonomie professionnelle de la sage-femme ainsi qu’à l’exercice de son jugement clinique. Certaines dispositions obligeant à un transfert ou à une consultation apparaissent trop strictes. Par exemple, l’établissement de balises précises sur le terme de la gestation nie la capacité de la sage-femme à exercer son jugement clinique afin de déceler une situation préoccupante. Pire, on assiste à l’émergence d’un nouveau syndrome propre aux clientes des sages-femmes : le stress induit par le risque de devoir accoucher à l’hôpital si la femme n’a pas dépassé le cap des 37 semaines suivi de la crainte de dépasser 42 semaines. Cette situation amène des femmes à avoir recours à certaines interventions pour provoquer l’accouchement à l’approche de l’échéance fatidique. On sait pourtant que bien d’autres signes permettent d’évaluer l’état du bébé, outre le nombre de semaines de gestation.

 

On constate également une perte déplorable de certaines des habiletés acquises par les sages-femmes et une restriction de leur droit d’exercer. Par exemple, dans le cas d’un accouchement autre qu’avec une présentation du vertex, certains gestes davantage respectueux de la physiologie ne peuvent plus être posés, si ce n’est dans des situations ironiques où la sage-femme conseille le médecin à qui elle a dû transférer sa responsabilité clinique. De plus, trop de situations excluent les femmes et les couples de l’accès aux services d’une sage-femme comme le fait d’attendre des jumeaux.

 

D’ailleurs, le principe de continuité de la pratique sage-femme est compromis dans les situations où il serait particulièrement important de le préserver. L’approche des sages-femmes est globale et s’intéresse au couple, à la famille, aux aspects physiques, mais aussi aux aspects psychologiques liés au fait de devenir parents. Ainsi, une femme qui a établi une bonne relation avec sa sage-femme et qui voit sa grossesse s’écarter de la norme en cours de route doit être transférée à la responsabilité d’un médecin, alors que c’est précisément à ce moment qu’elle aurait probablement eu le plus besoin de poursuivre cette relation; le système « se désiste » et n’assume pas la poursuite d’un suivi global avec la sage-femme en laissant au médecin le suivi médical qu’une situation potentiellement pathologique nécessite.

Le développement de la pratique soulève également des inquiétudes quant à l’approche des sages-femmes en elle-même. En effet, on entend malheureusement certains témoignages d’expériences vécues dans les maisons de naissance, des histoires tristes en discordance avec la philosophie des sages-femmes, laquelle implique un rapport égalitaire. Voici à ce propos le témoignage d’une usagère du service de sage-femme paru dans notre publication annuelle, le MAMANzine :

 

« Ceci m’amène à parler d’un incident malheureux où une sage-femme a été très offensée que mon conjoint la corrige alors qu’elle avait tort sur un point. […] Elle a agi comme s’il était inacceptable qu’on remette en question ce qu’elle disait. Cela m’a beaucoup rappelé l’attitude que l’on reproche à certains médecins : “c’est moi l’expert, c’est moi qui sais; que personne n’ose me contredire”. Les sages-femmes ne souhaitent-elles pas des relations égalitaires avec leurs clientes et clients? Je ne sais pas si cette attitude est répandue ou si nous avons seulement été malchanceux, mais je dis qu’il faut faire attention. Je dis qu’il faut faire attention, car les sages-femmes ont maintenant le gros bout du bâton par rapport à leurs clientes et clients. Au temps des projets pilotes, il était très important pour les sages-femmes que leurs clientes et clients soient satisfaits : l’avenir des maisons de naissance et de la pratique sage-femme en dépendait. Maintenant, les maisons de naissance sont bien établies, les listes d’attente sont immenses… est-ce toujours aussi important que les clientes et clients soient satisfaits? Sont-ils toujours aussi précieux et uniques? Il y en a des centaines qui attendent à la porte! Les femmes qui n’ont connu les maisons de naissance que récemment seront peut-être très satisfaites de leur expérience, faute de connaître autre chose, ou parce qu’elles ont eu la chance d’éviter certains des problèmes que j’ai rencontrés. Je suis consciente qu’une part de hasard fait toujours partie de l’aventure, mais moi qui ai connu deux expériences très différentes à douze ans d’intervalle, je vois clairement une détérioration et je ne crois pas qu’elle ne soit due qu’au hasard. Moi qui ai goûté à ce que peut être un bel accouchement avec une sage-femme, et qui suis tellement convaincue de l’importance de cette expérience dans la vie d’une femme, je serais terriblement attristée si l’institutionnalisation enlevait à la profession de sage-femme ce qu’elle a de meilleur. »[1]

 

Par conséquent, le Groupe MAMAN veut rappeler à la population de maintenir une vigilance envers tous les acteurs de la périnatalité afin que la grossesse et l’accouchement demeurent des expériences appartenant en totalité aux femmes et aux familles.

 

[1] LANDRY, Renée. « Inquiétudes et déception »; MAMANzine, volume 13, numéro 1, septembre 2011, p. 13-14.

Respecter les besoins des femmes : la clé d’un accouchement respecté

Par Nicole Pino, Regroupement Naissance-Renaissance

 

En cette Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR), une question se pose comme une évidence : qu’est-ce qu’un accouchement respecté ? Ce vocable répété maintes et maintes fois, à quoi réfère-t-il exactement ? Il n’y a évidemment pas de définition officielle et son sens porte à interprétation. Je vous transmets donc ici ma propre réflexion à ce sujet.

 

En Communication NonViolente (CNV), telle que développée par Marshall Rosenberg, on identifie une liste de besoins universels chez les humains. Ces besoins ne sont pas des caprices et ne sont pas aléatoires. Ils doivent être comblés pour assurer le bien-être et l’épanouissement de la personne. Lors de l’accouchement, il est important de considérer la femme dans sa globalité, reconnaître l’ensemble de ses besoins fondamentaux et tenter d’y répondre. Lorsqu’une femme donne naissance, elle ne devient pas soudainement une «chose» qui vit un événement médical qui consiste extirper un fœtus vivant du ventre de la mère. Donner la vie, c’est vivre une expérience hautement riche, puissante, avec toutes les dimensions de son être.

 

Besoins universels

 

Les six catégories de besoins fondamentaux sont[1] :

  • Survie: abri, air, espace, mouvement, nourriture, repos, sécurité, etc.
  • Intégrité: assurance, authenticité, connaissance de soi, équilibre, honnêteté, recherche de sens, respect de son rythme, etc.
  • Autonomie: affirmation de soi, appropriation de son pouvoir, espace pour soi, estime de soi, liberté, etc.
  • Expression de soi: accomplissement, action, clarté, cohérence, compréhension, conscience, créativité, évolution, participation, etc.
  • D’ordre relationnel: acceptation, accueil, affection, amour, appartenance, bienveillance, communication, connexion, continuité, contribution à la vie, délicatesse, discrétion, douceur, écoute, engagement, inclusion, intimité, respect, solidarité, soutien, transparence, etc.
  • Célébration: abondance, beauté, communion, espoir, harmonie, humour, paix, plaisir, sacré, sens, transcendance, etc.

 

 

Au regard de la liste ci-dessus, il est possible de mieux saisir les éléments à tenir en compte pour permettre un accouchement respecté.

 

Survie

Dans cette catégorie, bien qu’on ne parle pas de survie au sens strict du terme, on réfère aux besoins physiologiques. Ainsi, lors de l’accouchement, il est nécessaire de respecter la physiologie de l’accouchement en évitant tout acte qui pourrait la perturber et en mettant en place les conditions qui la favorisent. Ceci implique donc de ne pas pratiquer des interventions évitables et non basées sur des données probantes.

 

Afin de respecter la physiologie, il faut absolument tenir compte des besoins physiques de la femme en travail. Lors de l’accouchement, la femme a besoin de se sentir en sécurité, dans un endroit paisible et réconfortant. Elle a besoin de pouvoir boire et manger à sa guise. Elle doit également pouvoir bouger à son aise et prendre les positions qui lui procurent le plus de confort.

 

Lorsque le bébé naît, la mère et le bébé ont besoin de rester collés en peau à peau. La séparation provoque une détresse physique et psychologique chez la mère et le bébé. Ainsi, le bébé qui reste en peau à peau et qui peut téter à sa guise aura par exemple une meilleure régulation thermique, son rythme cardiaque et sa respiration seront meilleurs, tout comme sa glycémie. Des études ont même démontré que les bienfaits du peau à peau à la naissance étaient mesurables deux ans plus tard ! Pour la mère, le peau à peau lui permettra de diminuer son risque d’hémorragie postpartum et de démarrer l’allaitement plus facilement.

 

Intégrité

Parmi les besoins universels, il y a ceux qui renvoient au besoin de respecter son propre rythme. Lors du travail de l’accouchement, ce besoin est très primordial. La femme doit apprivoiser ce qui se passe dans son corps, mais aussi dans son esprit. Devenir mère est une profonde transformation et l’accouchement et une étape initiatique qui permet cette transition. Parfois, un accouchement relativement long par exemple est nécessaire pour permettre ce processus. Bien des femmes découvrent des parties d’elles-mêmes lorsqu’elles donnent naissance.

 

De plus, l’être humain a besoin de trouver un sens aux événements, aux actions et paroles. Il faut donc, afin de répondre à ce besoin, poser des gestes lors de l’accouchement qui ont un sens pour la femme en travail. Le personnel médical et les personnes qui accompagnent la femme doivent donc prendre le temps d’expliquer si l’on veut procéder à une intervention. Les protocoles appliqués de façon systématique et l’organisation des soins ne font pas toujours sens. Bien qu’il y ait toujours une raison derrière les décisions prises, ces décisions ne le sont pas toujours en fonction des besoins mêmes de la femme et du bébé et elles peuvent donc sembler absurdes du point de vue de la parturiente.

 

Autonomie

En plus de se sentir libre de ses mouvements, la femme a aussi besoin de pouvoir décider d’accepter ou non les interventions proposées. Elle a besoin de sentir qu’elle est l’actrice principale de son accouchement, et non qu’elle n’est qu’une spectatrice qui se fait accoucher. Ce besoin est très souvent brimé. Les conséquences sont souvent : une perte de confiance en soi, un sentiment d’incompétence parentale, un sentiment de vulnérabilité qui persiste. Alors que lorsque ce besoin est comblé, c’est tout le contraire qui se produit.

 

L’accouchement constitue un des événements les plus puissants pour s’approprier son pouvoir, pouvoir de mettre son enfant au monde par soi-même. En ce sens, il est souvent une expérience de transformation durant laquelle la femme découvre des forces en elle insoupçonnées et durant laquelle elle prend conscience de toute la puissance qui l’habite.

 

Expression de soi

La naissance n’est pas un simple acte médical, mais plutôt un événement à la fois physiologique, intime, transformateur, sacré. Les femmes qui enfantent dans leur pouvoir ressentent un profond sentiment d’accomplissement, répondant ainsi au besoin d’expression de soi.

 

Un accouchement respecté implique la participation de la mère dans toutes les étapes de la mise en monde, y compris dans les décisions qui la concernent elle et son bébé. La vision que la future mère a de l’accouchement, le sens qu’elle lui donne, doit être en cohérence avec le déroulement de l’accouchement.

 

Besoins d’ordre relationnel

La femme qui enfante a également besoin de se sentir accueillie par des personnes autour d’elle qui la soutiennent avec bienveillance, discrétion, douceur, écoute, intimité. Elle a besoin que son ou sa partenaire (ou toute autre personne significative qui l’accompagne) lui démontre son affection et son amour en étant connecté à elle. Il est donc primordial que la femme soit entourée de personnes significatives qui vont répondre à ses besoins de soutien et qui vont savoir être en connexion intime avec elle. Ce besoin de présence est crucial pendant l’accouchement. C’est d’ailleurs pourquoi les femmes réclament de plus en plus de sages-femmes et d’accompagnantes à la naissance. C’est aussi pourquoi la présence du conjoint ou de la conjointe peut être si riche.

 

Parmi les besoins d’ordre relationnel se retrouvent les deux besoins les plus fondamentaux : l’amour et le sentiment de contribution. En CNV, lorsqu’on va puiser au cœur de nos besoins, ce sont ces deux besoins qui ressortent le plus souvent et qui semblent être à la source de notre motivation, du sens de notre vie, etc. Donner naissance constitue l’événement qui répond de façon la plus puissante à ces deux besoins. Les femmes le témoignent : lorsqu’on donne la vie, on ressent la plus grande vague d’amour jamais connue et l’on sent comme jamais que nous contribuons à plus grand que nous, que nous avons mis une pierre à l’édifice de l’humanité.

 

Célébration

Un autre élément, qui est souvent mis de côté lors de l’accouchement au nom de «l’important est un bébé en santé», est tout le côté sacré de la naissance. La naissance est avant tout une célébration de la vie, une communion avec l’humanité, un sens profond à notre existence, porteur d’espoir pour l’avenir. Il est important de mettre en place les conditions qui favorisent l’émergence du caractère sacré de la naissance. En ce sens, les personnes qui accompagnent la femme devraient agir comme les gardiennes de l’espace sacré. Par sacré, j’entends ici la reconnaissance par une attention particulière, une grande présence à soi et une connexion à ce qui se déploie devant nous. C’est reconnaître avec émerveillement et humilité le miracle de la vie. Nul besoin d’y voir de la religiosité ou d’avoir des croyances particulières ; simplement honorer la vie dans toute sa beauté.

 

Respecter l’accouchement, c’est donc être à l’écoute de la femme, prendre conscience de ses besoins fondamentaux et tout mettre en œuvre pour y répondre le mieux possible. Mon souhait le plus cher est que toutes les personnes qui gravitent autour des femmes enceintes et qui enfantent développent cette conscience afin qu’elles deviennent des «gardiennes de la naissance »[2]. Je crois profondément que la façon dont on met au monde les bébés est déterminante pour l’avenir de l’humanité et de notre planète ou, comme le dit si bien Michel Odent : «Changer le monde, c’est d’abord changer la façon de naître.» Ensemble, nous pouvons être ces gardiennes et gardiens de la naissance et sauver la planète une naissance à la fois.

 

[1] Cette liste provient du Groupe Conscientia : http://www.groupeconscientia.com/uploads/DOC_Liste_EmotionsSentiments.pdf

[2] Traduction libre de l’expression birthkeepers de l’inspirante sage-femme Robin Lim.