Violence obstétricale et agression sexuelle, agression sexuelle et violence obstétricale

Par Valérie Maltais, professionnelle en prévention du suicide et administratrice de la page FB «L’Asperge» qui vise à normaliser les personnes vivant avec un syndrome Asperger

Pendant que certains, dont des médecins, remettent en question la pertinence même du toucher vaginal, même s’il est la plupart du temps indolore lors des examens de surveillance des grossesses, je me permettrai pour ma part de mettre en contexte tous les examens médicaux et j’essaierai d’établir leur relation avec le sentiment d’agression. Parce que si les examens de suivi lors de la grossesse sont parfois très invasifs, il est rare que les personnes les effectuant réussissent à créer un lien de confiance entre eux et leurs patientes, compte tenu des courts délais et de la tenue protocolaire des événements.

Avant les rencontres médicales, les patients ont des appréhensions légitimes et craignent de ressentir ce qu’il convient d’appeler une déshumanisation. Même si les critères éthiques de consentement sont respectés, il reste que les examens se déroulent parfois devant quelques personnes, dont des stagiaires qui sont imposés, l’éclairage y est agressant, le corps de la patiente en plus d’être inconfortable se trouve dans une position de soumission et d’immobilité, les appareils médicaux sont impressionnants et l’intimité se trouve dépossédée de son caractère. La patiente, estimant pourtant nécessaires ces examens, se retrouve face au sentiment de négation de ses droits.

On peut regrouper en trois catégories les abus sexuels : les premiers consistent en un harcèlement sans contact physique et touchent tous les milieux de vie; les seconds impliquent un contact corporel, qu’il soit question de baisers, d’attouchements, de contraintes ou de caresses; enfin, les troisièmes sont des viols dits avec pénétration. Soulignons que presque tous les examens médicaux impliquent le corps et nécessitent un abandon de la part du patient. Et comme les personnes ayant subi une agression arriveront à le cacher si elles ne se sentent pas en confiance, il convient de toujours tenir pour acquis qu’on ne connaît ni le vécu, ni les sentiments de culpabilité, ni la pression que peut subir cette personne ou la présence des ressentis plus intenses. Encore, il faut avoir en tête que les réactions face aux traumatismes peuvent montrer des attitudes variées et même paradoxales. J’ose même écrire que tout soignant devrait chercher une agression sexuelle ou établir un constat de victime de violence face à tout comportement anormal.

Un autre constat clair se profile en ce qui a trait à plusieurs de ces examens médicaux : dans certains cas, il y a nécessairement un contact physique. Si ces derniers sont appliqués dans la vitesse, la rudesse et sans attention, ils risquent chaque fois de perturber, voire de traumatiser les patientes. D’autre part, si la patiente a malheureusement connu un événement antérieur traumatisant, elle peut souffrir de stress, d’inconfort et d’une perturbation momentanée lors des interventions. Aucun examen ne doit être commis avec violence, sous contrainte, dans la menace ou par la surprise. Si le personnel soignant a besoin d’une absence de résistance, celle-ci est fausse si la victime se sent surprise, effrayée, dans une relation asymétrique, dans une situation de piège ou dans l’impossibilité de se défendre.

Je considérerais dans un premier temps l’importance de l’écoute des indices verbaux (refus des examens, cris, pleurs, répétitions de phrases indiquant la panique) et non verbaux (confusion, amnésie, hallucination, hébétude, malaise, agitation, retrait, recul, mutisme, fuite) indiquant l’inconfort d’une femme ayant subi une agression sexuelle et qui en vit les symptômes pendant une intervention. Il s’avère essentiel de pouvoir prendre en charge de manière différente une femme ayant vécu cette expérience puisqu’il s’agit d’un événement dramatique : il ne repose pas sur des critères d’abandon et de confiance qui font dorénavant parfois défaut à ces personnes. D’autre part, il s’agit tout autant de gestes qui risquent de relever un choc post-traumatique ou les conséquences sur la personnalité qu’une agression a pu avoir.

Il ne faut pas oublier que pendant les examens médicaux, la face interne des cuisses, et les organes sexuels étant la plupart du temps découverts, il peut y avoir confusion des sens et des associations possibles d’affects et de souvenirs. Donc, il s’avère essentiel de vérifier les capacités de la personne à accepter, comprendre et participer aux soins dont elle a besoin et qui s’avèrent obligatoires pendant la grossesse. Il serait important d’ailleurs d’offrir en tout temps la possibilité d’un accompagnement psychologique afin d’exprimer impérativement ses sentiments face aux soins reçus. Il faut non seulement mettre en place une prévention possible des séquelles psychologiques, mais également une prise en charge urgente s’il y a sentiment d’agression (surtout en cas de doute) pour les différencier d’agressions plus anciennes et permettre une évaluation psycho-médico-sociale complète. Au sens pénal, nous ne devons jamais oublier que tout geste effectué sans consentement doit être assimilé à une agression sexuelle.

Donc, de la part des soignants, il est impératif d’éviter tous les comportements agressifs, les attitudes confusionnelles ou l’indifférence. Ils sont en situation de force momentanée, en position d’examinateurs, et comme le corps d’une personne autre que soi est en jeu, les soignants peuvent se retrouver en position analogue à celle de l’agresseur, et la patiente, à celle de victime

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