Célébrer la peine de mon accouchement pour en faire le deuil

Celebrez la peine

Par Chloé Boehme, accompagnement périnatal et familial

Un accouchement est l’un des événements les plus décisifs dans notre vie de femme. Un moment marquant, souvent très longtemps préparé, fantasmé et attendu. Le passage vers la vie, les sentiments mêlés entre ouverture, vulnérabilité et toute-puissance. Cette expérience nous la voulons à notre image, à la hauteur de nos attentes.

 

Lorsque l’accouchement ne se déroule pas comme désiré, certaines, même jusqu’à un tiers des femmes, peuvent ressentir un fort traumatisme, une peine difficilement surmontable, un deuil tout simplement, le deuil de ce qu’on attendait pour franchir le pont vers la maternité. C’est un sujet très tabou dans notre société de performance où ce qui compte est le résultat. Les femmes se murent dans un lourd silence parce qu’avoir un bébé en vie c’est bien le plus important dirait l’autre.

 

Eh bien, il s’avère que c’est très complexe et quand l’entourage essaye de nous convaincre que ce qui compte est le sourire de notre magnifique enfant, que le temps apaisera les tourments et qu’il faut penser à demain, les femmes blessées se sentent incomplètes et ingrates de ne pas être capables de reconnaître leur bonheur. Elles se sentent parfois même honteuses d’être si habitées par ce pénible souvenir.

 

Deux projets distincts :

 

Il y a deux projets, tantôt en concurrence mais souvent en symbiose, ils se juxtaposent ou se dissocient :

1) Celui d’être mère, d’accueillir un enfant. On se centre donc vers le bébé et sa propre expérience

2) Celui de la naissance, du projet de mettre au monde et du devenir mère. La femme est alors le point central de l’expérience, elle invite l’enfant au monde et surtout elle naît à son tour.

C’est le premier pas vers la maternité et s’il est terni, il engendre peine et angoisse, parfois même difficultés d’attachement.

 

L’accouchement est une étape fondamentale dont il faut prendre soin, qu’il est nécessaire de mettre en lumière car c’est un élément fondateur de tout ce que notre maternité nous révélera et comment notre estime sera investie. Une femme qui a vécu un accouchement traumatique ne sera pas en paix, affectée que SON moment unique ait été saboté, malheureusement souvent par l’extérieur. Sous nos latitudes, l’accouchement est une affaire médicale, très ambivalente : on transfère la toute-puissance de la mère à la science pour éviter à tout prix que la nature fasse son œuvre. Les émotions sont malmenées, peu considérées, la femme perd son pouvoir et la pleine possession de ses moyens. C’est ce qui est le plus difficile à vivre, subir et ne pas être actrice de son propre corps, de son histoire.

 

 

La vie et la peur de la mort

 

Les accouchements font peur, de par leur part mystique, leur puissance et l’émotivité qui s’en dégage. Mais aussi parce que l’accouchement signifie tout de même l’épreuve où la mort peut être toute proche, nous sentons inconsciemment que nous pouvons mourir ou perdre notre enfant. Quand on accouche la mort et la vie sont étroitement liées, nous sommes vulnérables et beaucoup de sensations remontent à la surface, parfois contradictoires : joie, tristesse – peur, confiance – excitation, concentration.

 

Les femmes se donnent la responsabilité de garder tout le monde en vie et d’épargner toute la famille élargie d’un deuil potentiel. La mort d’un enfant est toujours une responsabilité et une culpabilité maternelle. Le pont entre la vie utérine et l’extérieur est notre capacité à être et devenir une bonne mère, capable de mener sa mission à bien.  Si l’on a l’impression d’échouer, comment bien vivre cette transition? Comme si la vie avait mal débuté, notre transformation étant mal aboutie.

 

 

Se reconstruire grâce à la résilience

 

La peine est une émotion pure dont il faut prendre soin, si l’on ne l’accueille pas, elle se refoule et le déni empêche de se reconstruire.

 

Nous n’avons pas d’assurance sur l’issue de l’accouchement ; cela fait partie de quelque chose de plus fort que soi. Par contre, on a de l’influence sur comment choisir de vivre son souvenir : reprendre ses droits et son pouvoir d’action.

 

Il faut du temps, pour imprégner sa propre histoire et se situer face à elle, c’est un processus qui implique une prise de conscience forte. S’accorder ce temps de réflexion, d’observation sans jugement est nécessaire pour se positionner et inscrire cet événement sur notre chemin de vie.

 

Célébrer la peine, la choyer et l’embrasser. Apprendre aussi à se pardonner et retenir comme nous avons été fortes, humaines, volontaires malgré le dénouement incertain. Réaliser tout ce que cette expérience nous a apporté comme possibilité de grandir, travailler sur soi, découvrir qui l’on est et même essayer d’aimer ce moment incroyable où deux êtres naissent en même temps la mère et son enfant.

 

 

 

BIOGRAPHIE

Après un baccalauréat en psychologie clinique Chloé Boehme se tourne naturellement vers l’accompagnement périnatal puis familial. Elle continue son cursus en relation d’aide et autres formations connexes qui l’orientent vers des consultations personnalisées promettant une écoute active et empathique à ses clients pour reprendre confiance en leur intuition et leur rôle parental grâce à des outils concrets.

Elle expose et fait découvrir depuis plus de trois ans, son projet avec authenticité et conviction. Son intention première étant de briser la solitude et la difficulté parentale grâce à l’ancrage à nos valeurs profondes et la toute conscience de ce que nous sommes.

 

POUR SUIVRE CHLOÉ

Chloe Boheme

http://chloeboehme.com

 

https://www.facebook.com/Chloé-Boehme-accompagnement-périnatal-et-familial-442265862520985/?__mref=message_bubble

 

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Une réflexion au sujet de « Célébrer la peine de mon accouchement pour en faire le deuil »

  1. Merci pour vos mots qui me rejoigne tant.
    Je choisi de vivre mon souvenir d’accouchement comme un moment de gratitude.

    Oui, oui mon enfant, ta maman a eu très peur. Très peur de te perdre, mais aussi peur que tu perde ta nouvelle maman qui naissait en même temps que toi. Nos anges veillaient sur nous!
    Lors de ma césarienne, la plus grande joie de ma vie, ta naissance, s’entremêlait à d’autres émotions très fortes. Nous ne sommes souvent pas prête à les accueillir.

    Laissons nous se droit fondamental d’être qui nous sommes, humaine, tantôt forte, tantôt sensible. Une césarienne n’est pas banale, c’est une opération et la plupart d’entre nous la vivons sans anesthésie, pleinement consciente de ce qui s’y passe. Réconcilions-nous avec nous-même soyons fière de notre force dans ce moment de vulnérabilité.

    À travers les préjugés de la société, les protocoles hospitalier et nos besoins non répondus laissons place à de la gratitude et célébrons la vie.

    Merci aux sages femme pour leur service et leur suivi tendre avant, pendant et après mon accouchement. Merci au personnel hospitalier pour les soins rendu nécessaire à l’accouchement et à mon égard et à mon enfant.

    Elyse maman de Hugo 23 mois

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