Accoucher: un moment, parfois interminable, de célébration de la vie et d’humilité devant la beauté de l’humanité qui s’agrandit

Par Anick Desrosiers, chargée de projets – Médecins du Monde Canada

 

Accoucher impose le respect pour le corps des femmes emmenées au bout d’elles-mêmes, jusqu’à leur puissance de faire naître. C’est un moment d’ouverture, autant du corps que de tous les possibles pour un petit être fragile qui vient sacrer, de son premier cri, une famille : la sienne. C’est un moment de vulnérabilité pour tout le monde, et d’intensité, que l’on crie ou que l’on retienne notre souffle. On le sait ou on se l’imagine : la naissance est d’une violente douceur qui commande et demande de la compréhension et du temps. Mais il arrive que parfois, elle soit violence sans la douceur, dépossédante, froide et inhumaine, et pourtant si puissante quand même… de cet enfant guerrier qui nait malgré tout, comme il peut.

 

Reconnaissant la fragilité et la puissance du geste de donner la vie, on s’engage de par le monde dans une lutte toujours inachevée pour que les bébés puissent naitre en santé et que leur mère donne la vie dans la sécurité et la dignité. Il est déplorable de constater que, par manque de ressources, des millions de femmes à travers le monde mènent leur grossesse sans soins essentiels pour elles et leur enfant, et que des pères se voient dépossédés de leur capacité de les protéger, se rendant parfois jusqu’à avoir les bras vides. On s’imagine ces réalités dans des contextes bien différents des nôtres, sous d’autres latitudes. Il y aurait une violence trop immense à imaginer des familles ignorées par les services de périnatalité de nos pays qui prétendent à l’égalité des chances, non ?

 

Pourtant, au Québec, plusieurs femmes et leurs familles marchent seules avec leur ventre rond, sans avoir accès à des soins prénataux. Leurs familles vivent ici en toute légalité, mais se retrouvent souvent précarisées à l’extrême par l’attente interminable d’un statut leur donnant des droits reconnus. Et pourtant elles ont, comme leur enfant, des droits humains, et l’envie de vivre et de prendre leur place dans la société québécoise.

 

Pour plusieurs migrantes à statut précaire, il ne reste que l’urgence pour accoucher, la déshumanisation et des factures de milliers de dollars qui compromettent la capacité de s’intégrer. Il n’y a rien, pas même des lois ou des serments hippocratiques pour les protéger vraiment. Les choix les plus élémentaires, du moins pour les autres femmes, comme celui d’avoir accès à une péridurale pour la douleur, deviennent un luxe qu’on doit négocier cash, sur le moment, entre 2 contractions, avec un professionnel libre de demander plus que ce qu’il obtiendrait pour la même aiguille dans le dos d’une Québécoise. On fait porter à des enfants qui ne sont même pas encore nés l’intransigeance de nos positions politiques.

 

Est-ce qu’on peut penser que le moment de la naissance pourrait être un instant où l’on pose les drapeaux et les préjugés pour permettre à chaque mère de reprendre son souffle après avoir autant donné au monde ? Et à chaque bébé de respirer libre pour la première fois, dans une solidarité humaine de base, qui reconnaît leur droit à la santé ? Espérons que les choses changent et qu’elles le fassent rapidement; il en va de la santé d’enfants à naître. Il en va aussi de la dignité de futurs citoyens, en plus de la nôtre.

 

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