Acte médical ou acte d’humanité?

Par Patrick Lemay

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Je suis terre-à-terre.  D’une platitude infinie en ce qui concerne la spiritualité, les forces cosmiques, les énergies et les autres secteurs impalpables.  Soit je suis sceptique, sois je rejette carrément.  Il y a quand même des trucs que j’arrive à concevoir, sachant que beaucoup de choses restent à découvrir.  Disciple du dieu de la science, j’ai le cerveau construit en cases où la logique et le raisonnement scientifique priment sur les autres visions.

Je suis de ceux qui se méfient du “Gros-Bon-Sens”.  Je n’aime pas les gérants d’estrades, je les trouve prétentieux.  J’ai donc de la difficulté avec l’idée que la logique personnelle d’une personne puisse primer sur les connaissances, les études et le métier d’une autre.  Je me permets souvent de ne pas avoir d’opinion sur un sujet.  Et si je dois en avoir une, je me range derrière les personnes qui, à mes yeux, ont les meilleures connaissances sur le sujet.

À ce titre, j’ai toujours été un gros fan des médecins.  Leurs longues années d’études, l’assurance avec laquelle ils gèrent les problèmes, leurs cerveaux qui semblent traiter plus d’informations en une journée que je n’en gère en un an.  Un-e médecin peut tenir votre cœur dans ses mains, le réparer, et ensuite le remettre en place et vous permettre de continuer à vivre. Je trouve ça impressionnant.

J’ai toujours eu le même réflexe quand j’entendais des plaintes contre eux.  Un réflexe de “oui-mais”.  “Oui-mais ils font une job stressante”.  “Oui-mais ils font des heures de fous”.  “Oui-mais leur job est de te remettre sur pieds, quitte à être bête ou sembler insensible”.  “Oui-mais ils doivent se créer une carapace avec tout ce qu’ils ou elles vivent

Et c’était la même chose par rapport aux accouchements.  J‘étais méfiant des accouchements hors centres hospitaliers, que ce soit à la maison ou en maison de naissance. Je les regardais d’un œil sceptique.

Du haut de mon ignorance, je passais du “oui-mais” au “et-si?”.  “Et-si y’a un fuck?” “Et- si ils ont besoin d’opérer?”

J’étais pragmatique.  Fort de ma certitude issue de la logique et de la pensée scientifique, je donnais des leçons avec une voix douce et bienveillante.

Boy…

Il s’est alors passé un truc qui a changé ma façon de voir la vie en général.  Je ne pourrais dire vraiment quand ni comment, mais une phrase s’est de plus en plus imposée dans ma tête.  Et cette phrase, c’est “ferme-là et écoute”.  Elle m’a fait évoluer sur plein de sujets avant même que je réfléchisse à la notion de violence obstétricale.  Avant même de savoir qu’il existait un truc qui s’appelle la violence obstétricale.  Que ce soit sur les enjeux féministes ou d’inclusion sociale, de culture du viol, d’immigration et de racisme, on dirait que ma vision globale a explosé d’un coup.  Il m’arrive encore de résister.  Les vieux réflexes ont la peau dure.  Mais j’aime penser que ça arrive de moins en moins souvent.

Bref, il a fallu deux phrases pour faire ébranler les fondations en béton armé de l’idée que je me faisais des médecins en salle d’accouchement. Et par la suite, de l’idée que je me faisais de la réalité des violences obstétricales.

La première, on m’a dit “Les médecins sont formés pour guérir, pour prendre en charge un problème, pour intervenir activement et empêcher que la santé ou l’intégrité physique ne se détériore. Ils ou elles sont formé-e-s pour ça.  Ils traitent donc les accouchements comme une pathologie, comme un problème à régler”. Cette image a été très très forte pour moi.  Accoucher n’est pas une maladie.  Aider un bébé à sortir du ventre d’une personne qui accouche n’est pas l’équivalent de lui retirer une tumeur.  Pourquoi les outils?  Pourquoi les solutés?  Pourquoi les injections?  

Rendu là, pourquoi l’hôpital?  Est-ce que le premier endroit par où un nouvel humain fait son entrée dans le monde devrait être l’endroit où il y a le plus de maladies?  Sous les néons, dans des salles faites pour être fonctionnelles plutôt qu’accueillantes, où des bruits agressants d’outils métalliques, de charriots qui roulent, de bruits de talons et de messages sortant de haut-parleurs au plafond?

Ça n’a aucun sens, quand on y pense.  

Quel est le pourcentage réel d’accouchements où l’intervention d’un médecin chirurgien est vraiment nécessaire?  Où elle sauve littéralement la vie du bébé ou de l’adulte?  N’est-ce pas l’équivalent d’avoir un pompier chez soi chaque fois qu’on se sert de son fourneau parce qu’on a peur de mettre le feu?

En lien avec les césariennes (que je défendais aussi, parce que tsé, ce sont des médecins qui les exécutent), la même personne m’a dit: “ce sont des chirurgiens.  Ils sont formés pour couper.  C’est leur premier “réflexe”.  

J’ai lu par la suite des choses qui m’ont remis ces phrases en tête. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) juge que, de façon optimale, le taux de césarienne devrait être autour de 10% du nombre de naissances.  Ce serait le pourcentage de césariennes vraiment nécessaires pour la santé et la vie du bébé ou de l’adulte. Au Québec, le pourcentage de césariennes effectuées se situe autour de 30%. C’est un écart énorme!  L’OMS, c’est pas une organisation ésotérique qui prône les pierres énergétiques et les gris-gris comme moyens de guérison! La majorité des césariennes ne sont pas la décision des parents, mais des professionnel-les.  Qu’est-ce qui explique cette différence de 20% entre les chiffres attendus et la réalité?  

Et si on parlait de l’épisiotomie, cet acte médical qui consiste à découper le périnée de la personne qui accouche.  Cet acte a des répercussions en postnatal et sur la vie personnelle et sexuelle des femmes.  Comme tout acte médical, cette intervention a une utilité dans les situations où la vie du bébé est possiblement en danger. Comment expliquer que les sages-femmes au Québec ont un taux d’épisiotomie 5 fois moins élevé qu’en centre hospitalier?**  Quand on écoute les femmes, ou les personnes ayant un utérus, on se rend compte que cette pratique n’est pas nécessaire dans bon nombre de cas. En fait, elle est pratiquée très souvent sans qu’un consentement soit donné, et parfois même alors qu’un refus a été clairement verbalisé.  Qu’est-ce qui explique cet empressement à couper?

Ne serait-ce pas ce réflexe d’avoir recours au bistouri?  Suivre sa formation plutôt que de réfléchir à des façons moins invasives d’agir?

En définitive, ma question est: qu’est-ce qu’un médecin chirurgien fait dans une salle d’accouchement si personne, à la base, n’a besoin d’être découpé?  Ne se sont-ils pas approprié quelque chose qui ne leur appartenait pas, du haut de leur science et de leur pouvoir?  N’ont-ils pas voulu s’ingérer dans un secteur qui leur échappait?  Comme ces médecins qui ont dit à une époque que les préparations lactées étaient meilleures pour les enfants que le lait maternel?  

Je ne voudrais pas qu’un-e herboriste traite un cancer du cerveau.  Je ne crois pas que ce soit son domaine.  De la même façon, plus je me renseigne, et moins je veux de médecins chirurgiens dans les salles d’accouchement.  Ce n’est pas leur place.  Laissons la place aux médecins généralistes, qui ont le réflexe du bistouri moins aiguisé.  Ou encore (mieux?), aux sages-femmes qui, en plus d’avoir à cœur l’arrivée en douceur du bébé dans notre univers, le font dans le respect des demandes et des droits des mères.

S’il y a une réelle urgence, une situation où la santé de la personne qui donne naissance et/ou de l’enfant est en danger, le chirurgien pourra intervenir.

Les médecins ne sont pas habitués à se faire questionner sur leurs pratiques.  Comme le garagiste qui statue sur l’état de votre voiture, le médecin s’attend à ce qu’on le suive aveuglément, qu’on l’écoute sans discuter.  Beaucoup semblent penser qu’en dehors de leurs connaissances, point de salut.   Et ce, même si des études vont dans le sens contraire de ce qu’ils font.  Il semblerait que la remise en question est difficile, même quand elle est faite par des études de pairs.

Un p’tit humain vient au monde.  La personne qui assiste la mère pour cette grande arrivée devrait avoir autant, sinon plus d’aptitudes en compréhension humaine qu’en biologie.  C’est de cette façon qu’elle se sentira respectée autant psychologiquement que physiquement, que l’accouchement cessera d’être vu comme un acte médical et deviendra un acte d’humanité.

** Source

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