Récits de femmes, partagés en 2014 et 2015

Ces expériences partagées avec le Regroupement Naissance-Renaissance lors des ateliers Maternité et dignité en 2014 et 2015, témoignent de certaines expériences de souffrance qui peuvent être très récentes ou bien dater de plusieurs années. Les droits des femmes ont été brimés à plusieurs niveaux soit par manque de confidentialité, par non-respect de leur intimité, par refus de respecter leur droit de refus ou même par des gestes violents.
Avertissement déclencheur : certains témoignages peuvent être troublants

On m’a dit que je devais avoir une césarienne parce que mon corps était incapable d’expulser mon bébé. Pourtant j’étais capable de le concevoir ! C’est comme si tout ce qu’il voyait quand je rentrais dans son bureau c’était ma chaise roulante. Il ne m’a jamais regardée dans les yeux.

Dans mon pays, une femme est considérée inférieure aux hommes. Quand ça a été le temps de mon accouchement, on ne m’a rien expliqué. On m’a pointé vers le bout du corridor puis on a dit « Toi, tu vas là! ». Je ne savais pas ce qui se passait. On m’a couchée sur le dos, sur une table d’opération, puis on m’a attaché les deux mains en étirant mes bras. On m’a installé une intraveineuse. J’étais certaine qu’ils allaient me tuer. Ça fait 25 ans de ça mais j’en pleure encore.

Chaque fois qu’on posait des questions ou qu’on demandait plus d’information, le docteur notait quelque chose dans mon dossier. On ,voulait savoir les effets secondaires possibles de ce qu’ils nous proposaient. On avait l’impression de les déranger dans leur travail! Maintenant que j’ai une copie de mon dossier, j’ai demandé formellement qu’ils y apportent des corrections. Partout, c’était écrit “Patiente refuse traitement”, Patiente non-collaboratrice”.

Ce n’est pas acceptable que la massothérapeute du village connaisse mon histoire dans tous ses détails. Après mon accouchement, j’étais si stressée par ce qui c’était passé que je suis allée la voir. Quand je me suis mise à pleurer, elle m’a dit : «  je comprends ce que tu vis, la secrétaire de ton obstétricienne est ma meilleure amie. »

Pour mon troisième bébé, mon test sanguin révélait que j’avais possiblement été exposée à quelque chose qui pourrait affecter mon bébé. Selon les protocoles, ma sage-femme m’a référée à l’obstétricienne. J’ai décidé que je n’irais pas au rendez-vous car j’étais confiante de mon état de santé. L’obstétricienne m’a appelée chez moi pour m’expliquer le danger et m’a menacée en disant que j’étais responsable de ce qui arriverait à mon enfant à naître si je n’acceptais pas de venir la voir. J’ai refusé. Je connaissais mon corps et j’étais d’accord que j’étais responsable de ce qui arriverait à mon enfant à naître. J’ai alors décidé que je ne retournerais pas à mes suivis sage-femme et que j’accoucherais en famille chez moi.

Je suis allée à l’hôpital parce que j’avais des contractions intenses. J’avais un interprète qui m’a rencontrée là. Après quelques heures, le médecin est arrivé dans la salle. Il s’est mis à expliquer à l’interprète qu’il allait faire une intervention. L’interprète a indiqué qu’elle allait m’expliquait le geste. J’ai hoché de la tête que je comprenais qu’elle allait m’expliquer quelque chose. Le médecin a pris ça comme un consentement et a procédé avec l’intervention. Je ne savais même pas ce qu’il faisait, mais ça m’a fait vraiment mal.

Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte je travaillais hors pays. Je me suis trouvée un médecin, parce que c’est ça qu’on fait. Chaque rendez-vous prenait à peine cinq minutes et le médecin me faisait sentir que mes questions étaient ridicules. J’étais seule dans un pays étranger sans ma famille et j’avais besoin de me sentir entendue. J’ai quitté cette ville en sachant que j’allais perdre mon ancienneté. Dans ma nouvelle ville, j’avais trouvé encore un autre médecin condescendant. Je n’en pouvais plus, alors je suis retourné dans ma ville natale pour être près de ma mère et de ceux qui m’aimaient. Mon accouchement a été intime et respectueux. Les lumières étaient tamisées et j’étais entourée de ceux que j’avais choisis. J’ai perdu ma sécurité d’emploi mais je ne le regrette pas.

On rencontre cette jeune femme de 25 ans, rayonnante, qui nous annonce fièrement qu’elle a un fils de 2 ans et demi. « J’ai eu une épidurale. C’était génial, je n’ai rien senti. J’en ferais 10 autres comme ça! Si vous voulez parler d’accouchement, vaudrais mieux parler avec mon arrière-grand-mère. » Alors elle appelle sa mère qui appelle sa mère qui, elle, appelle sa mère qui nous accorde une visite. On se retrouve assises autour de sa table de cuisine et elle répond à nos questions avec sa fille comme interprète. « J’ai eu 13 enfants. Non, je n’ai jamais eu peur même quand un des bébés était transversal. Mon mari a mis ses mains et a tourné le bébé. C’est la sage-femme du village d’à côté qui lui a montré comment faire. » « Tout allait bien. On était heureux, jusqu’au jour où un autobus scolaire est arrivé et ils ont pris mes enfants de force pour les amener dans une école résidentielle. »

Quand je suis allée accoucher, j’avais dit à ma mère qu’elle pouvait venir. Je voulais seulement mon chum puis elle, mais elle est arrivée avec ma grand-mère et le chum de ma grand-mère sans m’aviser d’avance. J’étais dans mon lit, encore un peu engourdie et un peu endormie, et ils étaient tous là. L’infirmière voulait faire du peau-à-peau. Elle a ouvert mon pyjama d’hôpital, révélant mes deux seins et m’a posé le bébé sur la poitrine. Le chum de ma grand-mère s’est exclamé  «  t’as dont ben des gros seins! J’aimerais ça être nourris comme ça moi aussi » Finalement, c’était pas si génial que ça mon accouchement.

J’étais bien installée dans ma chambre après l’accouchement et je dormais avec mon bébé à côté de moi. À 3h30 du matin, trois infirmières sont rentrées dans ma chambre, ont allumé les lumières en tapant des mains et m’ont annoncé « Tu changes de chambre. Ramasse tes choses, t’as 10 minutes! » Je leur ai dit que je crissais mon camp avec mon bébé si elles me faisaient changer de chambre. Je suis allée chercher l’infirmière qui prenait soin de moi et elle m’a aidée à les convaincre. Elles ont dit : « OK on va “demander” à une autre femme de libérer sa chambre d’abord ».

Je suis arrivée à l’hôpital et ils m’ont tout de suite assise sur une chaise roulante. Ils m’ont mis dans une salle et m’ont dit d’attendre le médecin. Je sentais quelque chose pousser sur mon pantalon alors je l’ai dézippé puis je l’ai descendu autour de mes genoux. J’avais envie de pousser et je sentais quelque chose entre mes jambes. C’était la tête de mon bébé. Je l’ai accouché puis l’ai pris dans mes bras. Quand l’infirmière est revenue, elle était fachée contre moi parce je ne les avais pas attendus.

Je suis enceinte de mon 5ème  bébé. Tout de suite après l’accouchement, le médecin m’a demandé ce que j’allais faire pour la contraception. Je lui ai répondu que j’allais prendre mon temps puis y réfléchir. Le lendemain matin, il est entré dans la chambre puis m’a redemandé ce que j’allais faire pour la contraception. Je lui ai encore répondu que j’allais prendre mon temps puis y réfléchir. Il a pris une aiguille puis l’a rentré dans ma cuisse. Je lui ai demandé ce que c’était puis il a répondu : Depo-Provera. Je lui ai dit que je ne le voulais pas. Il m’a alors dit : tu vas voir c’est plus simple comme ça. Je suis certaine qu’aujourd’hui, personne ne me ferait ça. C’était parce que j’étais jeune qu’ils croyaient qu’ils avaient le droit.

J’attends mon quatrième bébé. Tout autour de moi les gens me disent sans cesse « C’est fini, là, c’est fini là? » Même les vielles madames me regardent avec mépris quand elles me voient au restaurant de sushi. Mon chum m’a dit « On s’en va manger ailleurs.» Mais moi j’ai dit « Non. Elles ne savent même pas ce que je mange. C’est mon corps et c’est mon bébé. Je lui donne de mon meilleur. C’est pas de leurs affaires.

Une femme nous racontait qu’il y a 47 ans, elle, son mari et son amie ont été mis en prison parce qu’ils militaient contre le dictateur. « J’étais enceinte. Quand est venu le temps d’accoucher j’étais seule dans ma cellule et personne ne venait à mon aide. Les autres prisonnières criaient à l’aide. Finalement le médecin est arrivé. Il m’a dit “Monte sur la table! Ouvre tes jambes!” Puis il m’a examiné brusquement et a annoncé “ Oui tu accouche, descends de la table on va t’envoyer à l’hôpital. » Elle nous décrivait le son des ciseaux qu’ils ont utilisé pour la couper sans anesthésie, « Croutche, croutche, croutche. » « Après qu’ils ont sorti mon bébé, ils m’ont dit de descendre de la table et d’aller dans une autre pièce. Chaque pas était douloureux. Puis 4 heures plus tard, ils m’ont dit de revenir pour qu’ils me recousent. » Elle nous décrivait le son de l’aiguille qui rentrait dans sa peau pour la recoudre. « Tchou, tchou, tchou. » Puis après nous avoir raconté son histoire elle s’est tournée vers le groupe pour nous annoncer « Je revendique que l’OMS doit s’occuper des femmes qui accouchent en prison. Il faut qu’on cesse d’utiliser la grossesse et l’accouchement comme armes! »

J’ai dû lutter pour mon AVAC. Mes amies et ma famille ne comprenaient pas. Chaque médecin que je rencontrais essayait de me décourager mais j’ai tenu ferme. Au moment de mon accouchement j’étais bien entourée (tous ceux et celles que je voulais étaient présents ?). L’obstétricien est arrivé en cours de route. L’accouchement se déroulait bien mais à un moment donné, pour aucune raison apparente et sans explications ni demande de consentement, l’obstétricien “m’a sauté dessus”. Il a monté sur un escabeau, a placé ses mains sur le haut de mon ventre et s’est mis à sauter, les deux pieds en l’air. Je criais « Arrêtes!, Tu m’fais mal » mais il continuait.

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