Ne touchez plus ainsi à nos vagins!

Par Marie Jeanne Leblanc-Bastien, Accompagnante à la naissance

 

Ces temps-ci, j’ai mal à mon corps de femme.

J’ai mal à ma vulve. J’ai mal à mon vagin. Le mien et celui de toutes celles qui m’ont précédée.

J’ai mal à mon cœur, mais surtout… j’ai mal à mon humanité.

Ces temps-ci, j’entends et je lis trop souvent des polémiques sur la culture du viol et la violence obstétricale ou gynécologique. Dans des tribunes bien distinctes toutefois. Maintenant, on me demande de les réunir dans un seul et même texte… j’ai mal à nouveau.

Comment est-il possible que la violence sexuelle puisse rencontrer l’obstétrique ou la gynécologie?

Dès son adolescence jusqu’à sa mort, la femme peut vivre plusieurs grands passages en lien avec son système génital. La découverte de son corps, les menstruations, les relations sexuelles, les rendez-vous avec un-e gynécologue, les grossesses volontaires ou non, les interruptions de grossesses volontaires ou non, l’accouchement, la ménopause, etc. Bien que la plupart d’entre nous le vivions assez bien, pour un bon nombre de femmes tout ça rime malheureusement avec douleur. Atrocité. Brisure. Souffrance… Et violence.

La violence obstétricale ou gynécologique est encore peu connue et taboue. Elle vit dans le silence et commence à peine à être nommée au grand jour. Je m’en réjouis un peu, car néanmoins la parole des femmes se libère. Si elle restait tue à jamais, elle deviendrait une violence supplémentaire à elle seule.

Pourquoi c’est tabou?

D’abord parce que les femmes ignorent parfois toutes les violences qui leur sont faites et parce que ces dernières peuvent être difficiles à définir. Marie-Hélène Lahaye, une féministe aux points de vue libertaires, émancipateurs et profondément ancrés dans l’écologie politique, décrit la violence obstétricale comme suit:

« Tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente. »

Pourquoi les femmes ne la reconnaissent pas? Parce qu’elle est banalisée. Parce qu’elle fait partie des gestes routiniers. Parce qu’elle est rendue normale.

J’ai peine à écrire ces mots, mais c’est ainsi. La violence est pour beaucoup d’entre nous, devenue une norme.

Voici des exemples non-détaillés de « la norme »:

Des interventions médicales non-expliquées. Des protocoles non-justifiés. Des positions imposées. Le confort du soignant priorisé. Des interventions menant à l’immobilité. Plusieurs personnes vous auscultant sans se présenter. Un ton dégradant qui vous fait sentir humiliée. Le futur plaisir sexuel du mari priorisé. Un état émotionnel banalisé ou ridiculisé.

Malheureusement, tout ceci se vit quotidiennement. À répétition. Dans des gestes précis, violents et choquants. Ici, dans les lieux où les femmes se font soigner ou donnent naissance au Québec. Cette relation entre le/la soignant-e et le/la soigné-e n’est pas toujours comme nous la souhaitons. Parfois de par sa position et son statut social, cet-te intervenant-e de la santé se retrouve dans une relation de pouvoir face à celui ou celle qui le consulte. Laissant ainsi place à de potentiels abus.

La culture du viol, ce n’est pas simple. D’abord, elle prend forme autour de ce crime atroce et barbare qu’est le viol. Il est facile de s’imaginer que l’on s’insurge toutes et tous contre ce dernier, mais c’est faux. Trop souvent, des paroles ou des gestes sont posés et alimentent des croyances en faveur du viol et on les tolère mine de rien. Difficile d’y croire hein? Admettre que des agressions à teneur sexuelle sont banalisées voire cautionnées chez nous, dans nos institutions, n’est pas chose facile à assumer ou même à croire. Certain-e-s pensent que tout ça est étroitement lié à nos penchants sexistes ou découle directement du patriarcat. D’autres sont convaincu-e-s qu’il s’agit de l’addition des deux.

Durant la grossesse et l’accouchement précisément, il n’est pas rare que des actes soient faits sans le consentement des mères. Un stripping[1] surprise lors d’un simple examen de routine en fin de grossesse par-ci. Une augmentation de la dose de Pitocin[2] car l’accouchement n’avance pas assez vite au goût des intervenant-e-s par-là. Quand on omet de demander de façon claire et expliquée si l’on peut toucher sa vulve ou son vagin, et ce à chaque fois que l’on veut procéder à un toucher vaginal ou un étirement de son périnée par exemple, on touche cette femme sans son consentement. Car oui, même si la femme a déjà accepté qu’on la touche à cet endroit pour une raison donnée, elle peut en tout temps changer d’idée et ne plus en voir l’utilité. Ce geste, lorsqu’il est pratiqué sans en faire la demande, constitue une atteinte à son sexe. À son intime. À son intérieur. Cela peut être vécu comme une agression sexuelle. Cela peut même être vécu comme un viol. C’est dramatique, et ce, même si cette violence est un résultat involontaire des choix et des interventions des professionnel-le-s concerné-e-s. Sans pour autant interpréter la dénonciation de ces femmes comme une attaque directe à leur égard, il reste important que les intervenant-e-s prennent conscience des effets de leurs gestes et de leurs paroles sur le corps et le cœur des femmes qu’ils/elles accompagnent.

Ça en fait beaucoup de violence faite aux femmes. À leur corps et à leur intimité. Dans un moment si important, si profond, si marquant dans leur vie de femme.

Il n’est pourtant pas sorcier de l’éviter.

En se basant sur la loi Kouchner, par exemple, sur le consentement libre et éclairé qui stipule :

« Aucun acte médical, ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

Encore faut-il que ce consentement soit fait dans la liberté, de façon lucide, sans pression ni aucune forme de menace.

Il y a aussi l’ « Evidence-Based Medicine » (EBM, la médecine basée sur des données probantes). Cette approche préconise l’utilisation consciencieuse et judicieuse des meilleures données (preuves) actuelles de la recherche clinique dans la prise en charge personnalisée de chaque patient-e. Ainsi, les gestes et choix de l’équipe soignante ne reposeraient pas sur une formation, des protocoles ou une organisation qui diffèrent d’un endroit à l’autre.

Évidemment, offrir de bonnes formations aux intervenant-e-s de la santé au sujet de la violence ou de la maltraitance obstétricale et gynécologique permettrait d’augmenter leurs connaissances à ce sujet et d’améliorer les soins qu’ils/elles donnent. Il est aussi primordial de faire connaître et reconnaître les droits des femmes lors de leur grossesse et leur accouchement.

J’ai aussi le souhait tellement grand qu’on reconnaisse collectivement le pouvoir des femmes et de leur corps capable de donner naissance. Le souhait que l’on reconnaisse et qu’on laisse aux femmes cette puissance instinctive qui les habite. Celle qui fait qu’elles savent. J’ai la conviction que ces femmes, accompagnées ou entourées de personnes bienveillantes et outillées si elles le désirent, peuvent le faire si l’on respecte leurs choix, leurs valeurs, leurs besoins et leur intimité.

J’ai ce souhait qu’on laisse briller le féminin dans la douceur et le respect. Dans l’équilibre avec le masculin, sans rapport de force. J’ai ce souhait sincère, que les femmes recommencent à croire en elles. La tête haute et le cœur sur la main. Qu’on les laisse être fortes et fières ou fragiles et vulnérables à la fois. Dans l’amour et la protection de toutes ces facettes propres à elles.

J’aimerais que nous n’oubliions jamais ceci; en tant que femme, nous avons le pouvoir de faire naître une nation ou de ne pas la faire naître.[3] Maintenant, à nous de choisir dans quelles conditions…

 

[1]   Stripping: mot anglais se traduisant par “décollement des membranes”. C’est une des techniques utilisées pour tenter d’induire le travail. L’intervenant.e qui assure le suivi de grossesse introduit un doigt dans l’ouverture du col puis décolle en partie les membranes amniotiques de la paroi de l’utérus.

[2]   Le Pitocin est une forme synthétique d’ocytocine utilisée pour induire le travail de l’accouchement. L’ocytocine est une hormone sécrétée par l’hypophyse qui stimule les contractions de l’utérus et l’éjection du lait maternel,.

[3]   Traduction Libre d’une partie d’entrevue avec Janelle Monae pour la marche des femmes, 21 janvier 2017.

 

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